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Enquête: La Drogue au Burkina Faso, Fléau protégé, une mafia au sommet
Burkina24 | Lu 165 fois • Mis à jour le 15-02-2012
Enquête: La Drogue au Burkina Faso, Fléau protégé, une mafia au sommet
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Les drogues dures, entendez par là la cocaïne, l’héroïne, …, font désormais partie du quotidien de nombreux Burkinabé. Les abonnés sont des deux sexes et de catégories sociales diverses. Ils mènent une vie exécrable entre la gestion de leur manque et la brume psychologique qui les accompagne après « les doses ».



Les trafiquants aussi sont des deux sexes et de fortunes bien différentes. Les cerveaux de cette « Mafia » sont dans les cercles du pouvoir, comme dans le milieu des affaires. Un business hyper protégé, un domaine abondamment lucratif. Petite enquête.







La drogue Des vies gâchées, les dealers qui s’enrichissent



La vie change de cours pour tous ceux qui s’hasardent à se complaire dans l’héroïne, la cocaïne et autres amphétamines. La dépendance à ces substances s’installe éminemment vite et les conséquences sur la santé, les rapports avec l’environnement, les finances, … sont incommensurables. Pour vous en convaincre, voici les confidences d’un jeunes toxicomane que nous avons pu rencontrer, ses infortunes :



« J’ai 25 ans, J’ai commencé à fumer de la « beu » (NDLR : du cannabis) depuis 2006. A l’époque, on fumait tous ensemble dans le quartier juste pour le style. Mais après, j’ai commencé à en prendre juste pour dormir, pour manger et quand je devais sortir avec une fille. Et plus tard, j’ai rencontré un autre camarade d’enfance qui m’a montré le caillou (NDLR : c’est le crack). Il m’a fait comprendre que l’on pouvait jouir juste en y touchant un peu. Et qu’il n’y avait rien d’aussi sexy. On est allé dans un lieu discret et il m’a fait fumer « un caillou ». Evidemment, c’était bien. J’ai aimé. Le second jour je suis reparti lui en demander. Le même soir aussi. Encore et encore et encore, jusqu’à ce qu’il me dise que je pouvais aller en chercher comme lui, et que ça coutait la peau des fesses. Je me suis mis dans ça et j’ai mis quatre ans de ma vie en pointillés. Les études ? Basta ! J’ai laissé tomber ma famille et j’étais à tout moment dans des débits de boissons. Je fumais pour 25.000 par jour. J’ai réussi à tout arrêter il n’y a pas bien longtemps. Ma vie revient vers la réalité et je me sens extrait d’un mauvais rêve. Je dépensais l’argent de mes parents, l’argent des filles qui en fumaient avec moi (puisqu’elles se prostituent les soirs, dans les boîtes de nuit), on volait de temps à autres des portables, des appareils photos, etc, etc pour les revendre et acheter la drogue. Je ne peux pas témoigner à visage découvert. J’en ai pourtant envie. Pour pouvoir demander pardon à mes parents et dire à mes amis et frères qui sont toujours dans cette merde, de laisser tomber. Ils sont mal barrés comme on dit. ».



Poudre de cocaïne



Le moins que l’on puisse dire est que ces jeunes Burkinabé qui s’y sont adonnés mettent à mal leur capacité intellectuelle, démolissent leur futur et très souvent meurent à la fleur de l’âge.



Ils font la connaissance de la drogue à l’école, dans les maquis et boîtes de nuits, quelques fois au quartier, entre camarades d’enfance curieux. Dans ces cercles qu’ils créent, sexe et alcool sont des accessoires pour le crack et les off qu’ils achètent à des prix faramineux.



Ils constituent une petite mafia qui permet de regrouper à chaque fois que nécessaire de l’argent. C’est pour cela qu’ils comptent en leur sein des fils et filles de dignitaires, des enfants d’opérateurs économiques, des dealers, …



Le SIDA est la chose la mieux partagée entre ces jeunes. Ils y pensent le moins. C’est quand advint la maladie puis la mort d’un des leurs qu’ils commencent à douter de leur statut sérologique.



De l’autre côté, il ya les consommateurs anonymes devant l’éternel. Eux, surfent seuls, font de petits boulots, font des raquettes ou volent pour pouvoir s’approprier de l’argent pour leurs drogues. Il leur faut au moins 20.000 francs par jour pour atteindre un niveau placide de consommation. Ils se plaignent à chaque moment (« la quantité de off et la taille des cailloux ne font que baisser de jour en jour, c’est pas normal »), et insultent à profusion les dealers. Ils ne s’alimentent pas ou très rarement. Toujours à l’affut du moindre sou, ils évitent «les manques». Ils sont capables de vendre jusqu’à leurs pauvres mères pour s’approprier une maigre consommation.



Il y a aussi les consommateurs riches. Eux en achètent pour 50 000, 100.000 CFA, voire plus, par jour. «Ce n’est pas un problème d’argent, on s’en bat les couilles ! ».



Des dizaines de points de vente à Ouagadougou.



Ils sont aux alentours des salles de cinémas, des blanchisseries (pressing), des tables de cigarettes, des vendeurs ambulants. Ces revendeurs sont nombreux. Les plus pathétiques sont ceux qui mêlent leurs familles à ce «deal» crapuleux : des femmes et souvent des enfants de moins de 10 ans. Les plus ingénieux sont les ambulants. Sur leurs motos, ils vont à la rencontre de leurs clients. Du matin au soir, ils parcourent les domiciles et autres points de rencontres pour vendre et racheter de la drogue. Dix minutes maximum après votre coup de fil, vous voici servis. On peut les entendre dire au téléphone : « je suis à Kar-pala et quelqu’un vient de m’appeler à Samandin, attends, je serai chez toi dans 30 minutes ». Dans certains cas, les clients impatients se tournent vers d’autres revendeurs. Le revendeur ambulant est donc obligé d’aller vite, très vite. La concurrence est rude mais malgré tout, certains revendent plus de 500.000F CFA de stupéfiants par jour.



Qui sont les revendeurs ?



Il y a les revendeurs « agrées », ceux qui ont été « élus » par les gourous du système. Ce sont des jeunes en qui on a confiance et que l’on protège en cas de couac avec la police. A eux, s’opposent les revendeurs traditionnels de chanvre (communément appelé marijuana), les incontournables.



N’est pas vendeur de drogue dure qui veut. Le milieu est féroce et ses patrons sont intouchables. Ils sont capables de tout, même du pire. Alors, tous ceux qui veulent s’y mettre vont leur faire allégeance.



Officiellement, il ya deux grands chefs dans le milieu. Le premier est bien connu parce qu’il est jeune. Aux apparences d’un « jeune cadre dynamique », élégant. Mais sous cette carapace, se cache une personne pas du tout commode. Il a ses entrées partout, ses amis ne seraient pas les moindres dans ce pays. Il est bien entouré, et c’est le moins que l’on puisse dire. Le second est moins jeune. Il parait être un doyen dans le métier. Plus traditionnel, il cultive les traits d’un mafieux tout droit sorti d’un film hollywoodien. Bref, un sicilien, un Don-Corléone. Il se méfie de tout le monde, et connaît très bien les enfants de politiques qui fument de la drogue. Il les tient et tient tout aussi leurs géniteurs.



Parlant de ses gens grands, ces faiseurs de morts vivants, il faut dire qu’ils n’ont pas pitié de leurs «envoyés spéciaux», entendez par là, ces jeunes qui se sacrifient pour transporter de la drogue à travers leurs systèmes digestifs (ceux qui avalent des capsules enveloppées de cocaïne ou d’héroïne), sur des corridors entiers. Il arrive qu’un de ses kamikazes de la drogue meurt en cours de chemin et/ou quant ils sont interceptés longtemps par la police. Enterrés, leurs tombes sont profanées et leurs corps déchiquetés. On y retire les œufs de stupéfiants. Direction, le marché des « en manque ».



On se croirait dans un de ces épisodes de « New York section criminelle », mais nous sommes bel et bien dans notre Ouagadougou natal. Rien de plus !



« Les malheureuses personnes » qui s’hasardent à investir de l’argent dans ce trafic sans avoir la caution des Boss et leurs acolytes politicoéconomicomilitaropoliciodrogués sont jetés, à en croire certaines sources, en prison, avec en sus, des procédures judiciaires rudes et sans complaisance aucune. Pas de pitié pour les concurrents.



Vous dites blanchiment d’argent ?



Vous n’avez rien dit !



Il faut bien qu’ils blanchissent les sous, les millions, les milliards qu’on amasse, qu’on ramasse de la sueur de parents éprouvés et/ou pilleurs de la nation. Pour ce faire, on ouvre plusieurs Bars et maquis, des boites de nuits, des boutiques et entreprises fictives (avec prête-noms), on rachète des tickets gagnants de PMUB, on entre dans des capitaux d’entreprises. C’est connu, su, c’est tu !



Silence ! Nos enfants meurent, deviennent fous, les dealers s’enrichissent. La vida es un carnaval.



NDLR: Le crack est le résultat de la purification par cristallisation de la cocaïne lorsque celle-ci est dissoute dans de l’ammoniaque ou de l’éther et chauffée. Cette transformation chimique qui rend la cocaïne fumable lui donne alors l’apparence d’un caillou blanc ou jaunâtre qu’il faut rincer à plusieurs reprises avant de consommer : on dit que la cocaïne est transformée en crack. Pour s’acheter un de ses petits cailloux de moins d’un gramme, il faut débourser pas moins de 3000 francs CFA. Une quantité bien insuffisante pour une journée par personne.



Le « off », c’est de l’héroïne mixée à quelques poudres (le lait par exemple). Une pincée de cette drogue coûte 1000 francs CFA. Les malheureux qui s’y mettent souhaiteraient en prendre toute la journée. Disons au moins 10 doses. Beaucoup non ?


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