La culture de la spiruline, un projet qui peut rapporter jusqu’à 30 millions de FCFA à la tonne
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La culture de la spiruline, un projet qui peut rapporter jusqu’à 30 millions de FCFA à la tonne

La culture de la spiruline, un projet qui peut rapporter jusqu’à 30 millions de FCFA à la tonne

AIP | Lu 908 fois | Publié

La spiruline, une algue microscopique poly-vitaminée prisée pour ses vertus thérapeutiques est très rare et peu connue en Côte d’Ivoire. Cultivée dans la région de Gbêkê par des jeunes de Raffiékro (village situé à environ 8 km de Bouaké) grâce à l’appui de l’Association Raffié et de l’ONG française Technap, cette plante, selon le prix de vente actuel au niveau local, peut rapporter jusqu’à 30 millions de FCFA à la tonne et offrir des opportunités d’emplois à la jeunesse rurale.

Le projet est passé de la phase expérimentale à sa consolidation avec le coup d’accélérateur donné par l’initiateur, le Dr Gilbert Raffié, médecin militaire français spécialiste de la lèpre, qui a procédé à l’inauguration de la ferme le 21 octobre, lors de son dernier voyage à Raffiékro, le village qu’il a fondé en 1963. Sa fille ainée, Marie Dominique Raffié dite MIDO Raffié, se charge du suivi du dernier projet de son géniteur. 

Une ferme plus moderne pour la consolidation du projet spiruline

Après une dizaine d’années de pratique à la ferme expérimentale du village, les jeunes de Raffiékro ont acquis l’expérience nécessaire pour gérer leur nouvelle ferme plus moderne et à grande capacité de production. Construite grâce à l’appui technique des experts de Technap, spécialisés dans la culture de la spiruline, la ferme de Raffiékro dispose de trois grands bassins couverts, deux de 150 m² et un de plus de 70 m². Elle est dotée de deux pompes électriques pour agiter l’eau, deux tables de récolte, un château d’eau connecté à celui du village, un bâtiment équipé d’un laboratoire, un séchoir électrique, des magasins de stockage et de matériel, un bureau, etc.

Cette ferme est la deuxième du genre en Côte d’Ivoire après celle de la région d’Adzopé. La première responsable chargée du suivi du projet, MIDO Raffié, a expliqué que l’idée a été lancée, il y a près de 15 ans. Le but, a-t-elle ajouté, c’est d’avoir des bassins de 1000 m². Elle invite alors les bonnes volontés et les bons financiers à apporter leur aide pour l’agrandissement de l’ouvrage.

La spiruline étant une algue microscopique qui se cultive dans des bassins d’eau artificiels selon un itinéraire technique en plusieurs phases, les premiers fermiers, à savoir N’Guessan Alexis, Koffi Laurent et Assemien Samba, ont bénéficié d’une formation de près de quatre ans à la ferme d’Adzopé, au Togo et sur place, Raffiékro, avec l’appui technique des spécialistes de l’ONG française Technap qui interviennent déjà au Burkina Faso depuis de longues années.

Un itinéraire technique de production à observation rigoureuse  

La spiruline, une algue microscopique ayant une forme spirale de cinq à dix tours, de couleur verte comme les végétaux mais qui est un organisme à cheval entre l’animal et le végétal. La culture, telle que le font les producteurs de Raffiékro, consiste à produire d’abord une quantité de semence dans un récipient d’eau. La semence obtenue dans le récipient est ensuite déversée dans le bassin artificiel en respectant une certaine proportion de volume d’eau. Par exemple, dans de la phase pilote, les jeunes fermiers de Raffiékro utilisaient 20 l de semence de spiruline qu’ils déversaient dans un bassin de 1500 l d’eau pour atteindre un niveau de profondeur mesurant 15 cm de la surface au fonds.

Une fois la semence déversée dans le bassin, il faut y apporter quotidiennement des intrants tels que le sel iodé (sel de cuisine), du bicarbonate de sodium et du Ferfole, pour favoriser la croissance de l’algue. Le microscope du laboratoire permet de suivre l’évolution de la spiruline et détecter la présence d’autres algues dans le bassin et les éventuels déficits en sels minéraux et les corriger.

La spiruline se développe grâce aux rayons du soleil et du vent. De ce fait, elle a besoin de se déplacer dans l’eau pour bénéficier de la lumière et pour se nourrir. Étant donné qu’elle se trouve dans un milieu artificiel où les mouvements qui devaient être enclenchés par le vent ne sont pas francs et réguliers, les producteurs sont obligés de créer les conditions en agitant l’eau. Dans la ferme pilote, N’Guessan Alexis, Koffi Laurent et Assemien Samba agitent l’eau à l’aide d’une brosse à long manche. Ils disposent également dans leur nouvelle ferme de deux pompes électriques pour faire ce travail. Ailleurs, dans les unités de production plus importantes, l’action d’agitation de l’eau est effectuée par des instruments encore plus appropriés, à savoir des roues à aube (instrument ayant des volets en forme de pagaie). La récolte est soumise à une procédure aussi minutieuse que la production.

La récolte, une autre opération technique et minutieuse

La récolte du contenu des bassins peut se faire après deux semaines ou plus en fonction de la concentration du milieu en spiruline. Les producteurs mesurent le niveau de concentration de l’algue dans le bassin à l’aide d’un instrument appelé le Secchi (une règle graduée fixée sur un disque). La récolte peut être lancée si les conditions sont réunies c’est-à-dire lorsque le niveau de concentration nécessaire est atteint.

Le jour de cette opération, le récoltant se chausse d’une paire de bottes stérilisée qu’il porte juste à l’entrée du bassin avant d’y descendre. Une fois dans le bassin, il puise le contenu à l’aide d’un récipient. Le liquide concentré recueilli est filtré deux fois à l’aide de deux filtres. Un filtre primaire permet de séparer la spiruline et toutes les saletés telles que les insectes tombés dans le bassin. Le filtre secondaire permet de recueillir la biomasse composée uniquement de spiruline. Puis, la biomasse ramassée est pesée, avant d’être pressée dans un tissu blanc. Dans le bassin pilote de 1500 l, les producteurs de Raffiékro récoltent un kilogramme de spiruline par jour. Avec les bassins de la nouvelle ferme, cette quantité est multipliée par dix. Une fois la récolte démarrée, elle se poursuit jusqu’à l’épuisement de la quantité de spiruline dans le bassin. Dans une période de six mois, l’on procèdera à l’entretien des bassins en les vidant, avant de reprendre le processus de production.

Le produit récolté n’est pas consommé automatiquement, il est également soumis à un autre protocole.

Des précautions avant la consommation

En dehors du bassin, le produit récolté est manipulé dans des conditions hygiéniques. Après la récolte, le produit peut être consommé à l’état humide, mais la forme séchée est préconisée. Pour ce qui est du séchage, il faut noter que la biomasse récoltée sera étalée sur un séchoir électrique dans une salle durant six heures. Une fois ce temps écoulé, la machine s’arrête. Après cette étape, la consommation ne se fait pas automatiquement. Un échantillon du produit séché doit être analysé au laboratoire. Celui de la ferme de Raffiékro n’étant pas équipé pour ce travail, un échantillon de chaque récolte est envoyé à l’Institut pasteur au CHU de Cocody (Abidjan) pour analyse. Cette étape est nécessaire parce qu’elle permet de s’assurer de la bonne qualité du produit, de contrôler le dosage en sel iodé (sel de cuisine), en bicarbonate de sodium, en Ferfole et la teneur en protéine et vitamines. Lorsque le laboratoire de l’Institut pasteur valide, le produit peut être consommé.

La spiruline est un complément alimentaire puissant qui se consomme sans cuisson. Le produit brut séché ou la poudre peut être ajoutée à du jus, du yaourt, du lait, de la sauce ou tout autre repas. Il n’a pas d’arrière-goût ni d’effet secondaire.

Un produit vendu localement et nécessitant une promotion

Pour l’heure, la production de Raffiékro est vendue sous la forme brute séchée et en poudre, mise en boites et en sachets, à des particuliers et à des structures telles que les orphelinats et le Monastère. Une partie de la production est distribuée gratuitement aux malades du village et aux parents des enfants malnutris fréquentant la léproserie de Raffiékro. Le produit peut être consommé sous de gélules, mais la ferme locale n’en est pas encore à ce niveau.

La boîte de 50 g est vendue à 1500 FCFA et le sachet de 25 g à 750 FCFA. Ce qui équivaut arithmétiquement à 1 kg à 30.000 FCFA et une tonne à 30 millions de FCFA.

Les productions d’ailleurs vendues en pharmacie coûte 8000 FCFA la boîte de 120 gélules de 400 mg chacune. M. N’Guessan Alexis et ses camarades jugent leur prix de vente est très abordable par rapport à celui de la pharmacie. Certains clients comme Mme Soaré Fatoumata partage cet avis. «Ça ne coûte rien par rapport aux autres médicaments qu’on va acheter. Les antibiotiques (par exemple) coûtent cher. Quand on prévient les maladies, cela vaut mieux», estime Mme Soaré Fatoumata qui réside à Abidjan. Elle achète et consomme le produit de Raffiékro depuis un an à cause de ses problèmes de santé, à savoir la fatigue permanente, des migraines, l’indigestion et d’autres troubles.

«Depuis lors, ça (la spiruline) a rétabli ma flore intestinale, sincèrement», a-t-elle fait savoir, indiquant avoir découvert le produit, suite à une visite qu’elle avait effectuée dans ce village en compagnie de quelques amis.

 Un produit aux vertus mondialement reconnues

Cette algue est présente dans la nature depuis des milliards d’années, consommée et cultivée dans le monde depuis déjà des milliers d’années. La spiruline serait même présentée par la FAO et l’UNESCO comme « l’aliment miracle » du XXIe siècle, en raison de ses nombreux bienfaits. Ses vertus sont nombreuses et dépendent de sa composition chimique. En effet, il est scientifiquement prouvé que cette algue est très riche en vitamines A, E et B (B1, B2, B5, B6, B12) en très forte concentration. Elle est composée essentiellement de protéines à 60 %. La spiruline contient également des minéraux tels que le fer, le magnésium, le zinc et des acides gras polyinsaturés (GLA, EPA, DHA) essentiels au bon fonctionnement cardio-vasculaire. En plus de son rôle antioxydant, cette algue a la capacité de stimuler les défenses immunitaires en augmentant la production d’anticorps et de lymphocytes et de réduire la fatigue. Elle a aussi une action anti-inflammatoire, pouvant diminuer les douleurs. L’on évoque, entre autres bienfaits, sa capacité de réduction de la concentration du « mauvais cholestérol » et de la glycémie sanguine ainsi son effet sur les virus comme l’herpès ou la grippe.

Le médecin chef de la léproserie Manikro, le Dr Saïdou Ouattara, lui-même consommateur de la spiruline, pour renforcer son alimentation, il consomme un repas par 24 heures à cause ses activités professionnelles.  Etant en service à Adzopé (sud du pays), il avait déjà utilisé la poudre de la spiruline pour traiter un enfant qui souffrait d’ascites (une maladie caractérisée par une production incontrôlée ou abondante de liquide abdominale). Il met également sous spiruline les personnes souffrant de virose sévère (maladie virale marquée par l’amaigrissement et le manque d’appétit) et elles ont un meilleur profil, atteste-t-il.

Par ailleurs, la responsable de suivi du projet, MIDO Raffié, a affirmé que la spiruline a déjà rétabli des enfants malnutris et des vieillards qui n’arrivaient plus à marcher dans le village.

L’œuvre d’un bâtisseur témoignant à pérenniser

Dans l’histoire de la prise en charge des malades de la lèpre et leurs enfants, le Dr Gilbert Raffié a fait un travail formidable. Il a amélioré la prise en charge des malades en les faisant sortir de la brousse pour le village qu’il a fondé et où il a bâti une résidence privée. Par ses actions, s’est développée une solidarité internationale en faveur des malades de la lèpre. Cet objectif a pu être atteint grâce à son ONG (l’Association Raffié) qu’il a créée pour aider son village. Il a initié des projets à but lucratif au profit des villageois, notamment un moulin, des motoculteurs pour la riziculture, le maraicher et la culture de la spiruline, la dernière activité qu’il leur a offerte à l’âge de 90 ans. Pour encourager les bénéficiaires à pérenniser les acquis, il s’est efforcé de venir personnellement de France pour inaugurer la ferme de spiruline en compagnie de son épouse, ses enfants et petits-enfants. A cette occasion, le père fondateur de Raffiékro a déclaré être venu «dire au revoir» aux habitants du village pour jouir du repos que «sa longue vie de service auprès des malades et des plus démunis» ne lui a pas souvent permis d’avoir.

«C’est un projet qui peut apporter un bon développement économique pour ce village», croit sa fille ainée Marie Dominique Raffié qui a reçu, de son père, le flambeau pour suivre ce projet. Elle souhaite que la ferme de spiruline parvienne à «fonctionner toute seule» pour sa survie parce que ni son père, ni elle ne pourrait lui apporter le soutien durant toute la vie.

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