Les enjeux des Forces Spéciales ivoiriennes.
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Les enjeux des Forces Spéciales ivoiriennes.

Les enjeux des Forces Spéciales ivoiriennes.

Arthur Banga, Enseignant-Chercheur / Docteur en Hi | Lu 72 fois | Publié Il y a 14 jour(s)

Il y a plus d’une semaine, l’annonce par le gouvernement d’un nouveau recrutement au sein des Forces Spéciales ivoiriennes a remis l’unité majeure de l’armée ivoirienne au cœur des débats. Dès lors, il devient impérieux de mener une réflexion sur ce sujet. C’est à cette exigence que nous tenterons de répondre en quelques lignes.

Même si depuis l’Antiquité, des unités au sein des armées menaient des opérations spéciales, la notion de « Forces Spéciales » s’est développée durant la Seconde Guerre mondiale. On pourrait évoquer les « SAS » britanniques, dont les missions de harcèlement ont été capitales dans la conduite de l’opération Overlord (c’est le nom de code du débarquement en Normandie). Leur efficacité durant cette guerre a entraîné une multiplication de leurs missions et ont fait d’elles un acteur entier des théâtres d’opérations.

En effet, alors qu’on les utilisait essentiellement pour des opérations en arrière et la prise d’objectifs hautement stratégiques, les FS doivent être capables en plus de recherche et transmission de renseignements ; libération d’otages, de prisonniers et évacuation de ressortissants nationaux ; neutralisation d’objectifs vitaux pour l’adversaire ; préparation de sites et accueil d’unités conventionnelles dans le cadre d’interventions extérieures ; opérations psychologiques ; protection de personnalités ou de sites sensibles à l’étranger ; formation, d’action de guérilla ou de contre-guérilla. C’est ce qui amène l’OTAN à définir les Forces spéciales comme les unités militaires spécifiquement formées, instruites et entraînées pour mener un éventail de missions particulières, allant des « opérations spéciales » dans le cadre d’un conflit classique à celles relevant de la guerre non conventionnelle.

"Mais au-delà de la réaction, elles sont utiles dans la recherche et la transmission de renseignements, dans la libération d’éventuels otages et dans les opérations à mener sur les territoires de repli des forces terroristes." 

Conscients de leur importance, la quasi-totalité des Etats-majors intègrent les forces spéciales dans leurs unités. C’est donc fort logiquement que notre pays, au lendemain de la guerre, a mis en place ses Forces spéciales. Les enjeux sécuritaires de la Côte d’Ivoire post-guerre l’imposaient. En effet, la percée des mouvements terroristes en Afrique de l’Ouest, la recrudescence de la piraterie maritime, les menaces subversives d’exilés revanchards, les attaques répétées aux frontières, la protection de personnalités et même celles qui sont incarcérées, sont autant de questions qui justifient la mise en place des forces spéciales ivoiriennes et leur montée en puissance.

En outre, dans la lutte contre le terrorisme, principale menace sur notre pays, les « FS » sont d’une importance capitale. Pour preuve, elles ont été en première ligne lors de l’attaque djihadiste de Grand-Bassam, ville balnéaire aux encablures d’Abidjan. Mais au-delà de la réaction, elles sont utiles dans la recherche et la transmission de renseignements, dans la libération d’éventuels otages et dans les opérations à mener sur les territoires de repli des forces terroristes. Les « FS » seront indispensables pour nettoyer les sanctuaires djihadistes en coalition comme en opération exclusive de l’Etat-major ivoirien.

"Très souvent, les « FS » sont amenées à opérer dans un environnement très hostile et en nette infériorité numérique durant des périodes indéterminées."

C’est justement cette montée en puissance des forces spéciales, dans un contexte sécuritaire de plus en plus tendu qui explique la volonté gouvernementale d’augmenter les effectifs des FS. D’ailleurs, la loi de programmation militaire prévoit de le doubler pour atteindre 2000 hommes.

Le recrutement et la formation sont plus qu’essentiels pour la qualité des Forces Spéciales. Les missions et la structuration de cette unité l’imposent. Très souvent, les « FS » sont amenées à opérer dans un environnement très hostile et en nette infériorité numérique durant des périodes indéterminées. On doit parvenir à doter nos hommes de qualités tactiques, psychologiques et physiques hors du commun.

Analysons en quelques mots les conditions du recrutement de nos « FS ». La première question qu’on se pose est : Faut-il un recrutement ouvert ou limité à un test au sein des forces militaires et paramilitaires ? Si la plupart du temps, on privilégie pour les « FS » un recrutement au sein des armées, bien des pays font un recrutement ouvert ou tout simplement un mixte. Ce fut d’ailleurs le cas lors des premiers recrutements en Côte d’Ivoire. En France par exemple, le recrutement au sein des « FS » est ouvert. De même, il n’y a pas d’exigences de diplômes pour la catégorie de soldats et ce dans aucune armée au monde. Exiger un niveau 4ème à des soldats est donc normal et adéquat à leurs missions. En revanche, les qualités physiques sont une exigence absolue pour de telles unités. La nature de leurs opérations l’impose.

En conséquence, les recrues doivent être jeunes d’où la limite d’âge (18 à 23 ans). D’ailleurs cette limite d’âge rend impossible un recrutement au sein des forces militaires et paramilitaires. Mais, la jeunesse de la troupe pose un autre problème, celui des départs à la retraite et de la reconversion. En espérant que les contrats proposés aux futurs soldats soient dans l’esprit de la loi de programmation militaire, ou – disons tout simplement – dans la logique des choses. Il serait insensé de continuer à faire partir des soldats à la retraite à 55 ans quand on sait que déjà à 35 ans nous ne pourrons plus tirer grande chose de lui. Il faut donc, absolument proposer des contrats de 5 ans renouvelables 2 fois comme le prévoit la loi de programmation militaire. Pour éviter des problèmes sociaux, il faut d’ores et déjà songer à la reconversion de nos hommes. Une réforme du secteur de la sécurité privée peut être envisagée dans ce cadre-là.

"Les sous-officiers et officiers affectés aux « FS » doivent être d’excellents militaires, des chefs exemplaires, de véritables managers capables de tirer le maximum de leurs troupes et de trouver les solutions tactiques aux problèmes qui leur seront posés."

Après un bon recrutement, il faut une formation de haute volée. Nos hommes au sein des « FS » doivent d’abord être au point physiquement et capables de se surpasser. Ils doivent acquérir la déontologie miliaire. En effet, une mutinerie ou des cas d’indiscipline et de déshonneur au sein des « FS » a largement plus d’échos dans la société. Tactiquement, ils doivent avoir un savoir-faire et une vraie discipline. Opérant très souvent en infériorité numérique et en terrain ennemi, les « FS » ne peuvent compenser ce déficit que par leur supériorité physique, tactique et technique.

Les attentes en termes de formation et d’encadrement de nos « FS supposent » des cadres excellents. En effet, la qualité de la troupe dépend en partie de celle des cadres. Les sous-officiers et officiers affectés aux « FS » doivent être d’excellents militaires, des chefs exemplaires, de véritables managers capables de tirer le maximum de leurs troupes et de trouver les solutions tactiques aux problèmes qui leur seront posés. De plus, la formation doit être continue. Il faut, pour cette unité, multiplier stages et entraînements intensifs vu la vitesse avec laquelle les ennemis réinventent leurs modes opératoires.

Dernière exigence, c’est la qualité de l’équipement des « FS ». N’oublions pas que lors de l’attentat de Grand-Bassam, nous avons perdu des hommes – alors que nos « FS » opéraient en supériorité numérique, ce qui n’arrive pas souvent – pour défaut d’équipements. Il est important que les équipements suivent le renforcement de l’effectif.

Cela dit, l’importance des « FS » ne doit pas se faire au détriment des autres unités. Il faut donner à toutes les unités les moyens indispensables à la défense de la Côte d’Ivoire. Le fait de prioriser une force par rapport aux autres fragilisent l’armée, détruit l’esprit de cohésion et nous installe dans une armée à double vitesse.

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