[Contribution] Comment expliquer la percée chinoise en Afrique?
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[Contribution] Comment expliquer la percée chinoise en Afrique?

[Contribution] Comment expliquer la percée chinoise en Afrique?

Arthur Banga, Docteur en Relations Internationales | Lu 1135 fois | Publié

Le président Chinois Xi Jinping a effectué en tournée en Afrique du 21 au 29 juillet 2018. Son périple l’a mené au Sénégal, au Rwanda, en Afrique du Sud et enfin à Maurice. Cette tournée s’est tenue dans un contexte diplomatique parfaitement favorable à Pékin.

En effet, le jeudi 24 mai dernier, le Burkina Faso annonçait la fin de ses relations diplomatiques avec Taïwan et sa volonté de privilégier désormais l’axe Ouagadougou-Pékin. Cette décision fait basculer toute l’Afrique – à l’exception du Swaziland qui conserve encore des relations diplomatiques avec Taïwan – dans l’escarcelle de Pékin. C’est une démonstration de la percée chinoise sur notre continent. En effet, depuis la fin des années 2000, la Chine est le premier partenaire commercial du continent. Contre produits manufacturés et services, les Chinois s’approvisionnent en matières premières et ressources énergétiques indispensables à leur secteur industriel. En 2016, les échanges commerciaux entre la Chine et l’Afrique ont atteint près de 150 milliards de dollars et allant jusqu’à 85 milliards pour le seul premier semestre de 2017. Au-delà du commerce, il y a les investissements et les prêts bien souvent à taux bas et sans conditions politiques. En dix ans, la Chine a prêté plus que la Banque mondiale (67, 2 milliards de dollars contre 55) au continent tout en étant le principal fournisseur d’investissement direct à l’étranger (IDE).

Outre les questions économiques, la présence chinoise sur le continent concerne les aspects politiques et culturels. La construction du nouveau siège de l’Union Africaine grâce à un don de la Chine, les succès des différents sommets Chine-Afrique et des Forums sur la Coopération sino-africaine (FOCAC) illustrent parfaitement le dynamisme politique et diplomatique entre partenaires chinois et africains. L’intensification du réseau Confucius, la coopération universitaire – l’université de Wuhan en est un exemple parlant – et la multiplication de voyages d’études et de découverte au profit de l’élite africaine – l’Institut diplomatique de Pékin le fait annuellement à l’endroit d’éminents chercheurs africains – sont des signaux mettant en évidence les progrès réalisés en terme de coopération culturelle.    

Le succès de la Chine en Afrique est tel qu’il provoque par moment le courroux des partenaires classiques. En mars dernier, en visite au siège de l’UA, Rex Tillerson, l’ancien secrétaire d’Etat américain n’a pas hésité à fustiger les contrats chinois en Afrique. Deux mois plus tôt, c’est le journal français, Le Monde qui accusait Pékin d’espionnage au siège de l’UA.

Si, en dépit de ces mises en garde l’axe Beijing-Afrique se consolide, c’est parce que la relation s’appuie sur des piliers qui semblent solides. Le premier est la capacité de la Chine a financé des investissements importants. En effet, alors que la plupart des pays occidentaux vivent un ralentissement économique, la Chine maintient son taux de croissance économique à un niveau intéressant – en 2017 6,9% contre 1,9 pour l’Allemagne champion d’Europe occidentale – au point de ravir aux USA le titre de "champion du monde du PIB". Quand on y ajoute ses excédents commerciaux, on comprend qu’elle détient des capitaux importants qui peuvent être mis au service de son rayonnement dans le monde et des IDE en Afrique.

Le deuxième pilier est l’orientation politique chinoise qui laisse une place importante à la réalisation d’infrastructures. En effet, en faisant du projet « la Ceinture et la Route » le leitmotiv de son action internationale, le président Xi Jinping fait de la construction d’infrastructures un axe majeur de l’apport de la Chine dans le monde. C’est fort de cela que le Pr Wang Yiwei affirme que « "la Ceinture et la Route" comprend un certains nombres de projets qui accéléreront le processus d’industrialisation en Afrique ». A la lecture de ces deux piliers, on comprend mieux le Burkina Faso qui, en rompant avec Taïwan affirme vouloir « nouer le meilleur partenariat afin de consolider les développements sociaux et économiques ».

Le troisième pilier est la particularité de la relation sino-africaine. En effet, avec la plupart des pays occidentaux, l’Afrique a eu des relations de dominants à dominés. De l’esclavage à la colonisation voire au côté obscure des relations euro-africaines post-indépendance, les motifs de récriminations, de prudences et d’envie d’ailleurs sont légion. A contrario, la Chine peut se vanter de n’avoir jamais eu de visées colonisatrices sur le continent – d’ailleurs les officiels chinois ne manquent pas de le rappeler – et même mieux, d’avoir été victime de la colonisation occidentale. En plus, en se positionnant hier comme leader du Tiers-monde et aujourd’hui comme championne de l’émergence – ambition de la plupart des pays africains – la Chine se pose en leader des pays du sud tout en crédibilisant son modèle économique.

Cela dit, des défis énormes persistent pour une solide pérennisation des relations sino-africaines. D’abord, les contestations contre les entreprises chinoises. Les grèves à répétition sur des chantiers chinois pour dénoncer le non-respect du droit du travail ou la concurrence déloyale de la main d’œuvre chinoise l’illustre bien. Ensuite, la mauvaise réputation – en dépit de progrès intéressants réalisés – du made in China, toujours perçu – à tort ou à raison – comme de petit acabit. Enfin, la crainte d’une "recolonisation économique" du continent. En effet, chez bien d’intellectuels, cette percée chinoise suscite prudence et méfiance. Ces derniers arguent qu’au-delà de l’établissement d’un "nouveau maître" c’est la quête d’une véritable indépendance économique qui doit être recherchée.

En tout état de cause, c’est au continent de pouvoir tirer profit de cette percée chinoise. Il nous revient, intellectuels, leaders, dirigeants ou tout simplement Africains de pouvoir surfer sur la vague chinoise qui sans doute, s’intensifiera davantage dans les prochaines années.  

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