Le combat d'un maire espagnol contre le drame des expulsions
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Le combat d'un maire espagnol contre le drame des expulsions

Le combat d'un maire espagnol contre le drame des expulsions

AFP | Lu 1204 fois | Publié

L\'initiative a fait sensation dans une Espagne choquée par le suicide de deux petits propriétaires menacés d\'être jetés à la rue: un maire des Canaries, excédé, affirme avoir fait annuler l\'expulsion d\'une mère de famille à force de pressions sur le géant bancaire Bankia.

Pour José Manuel Bermudez, maire de Santa Cruz de Tenerife, le cas de Carmen Omana, mère de deux filles, au chômage depuis 2009 et expulsée le 28 septembre de son logement dont elle ne pouvait plus rembourser le crédit à sa banque, Bankia, a été celui de trop. La banque s'en défend. Mais l'élu local affirme que c'est en retirant 1,5 million d'euros du compte ouvert par la mairie dans l'agence locale qu'il a finalement obtenu que Carmen puisse rentrer chez elle. La pression sociale s'est accentuée ces dernières semaines en Espagne contre le drame des expulsions, au point que les banques ont annoncé un moratoire de deux ans dans les cas extrêmes. Les initiatives locales se multiplient et le gouvernement lui-même devrait annoncer jeudi des mesures d'urgence. "Nous avions envoyé une lettre en juin pour éviter l'expulsion. Jamais Bankia ne nous a répondu. En septembre, la mère et ses deux filles ont été expulsées", raconte le maire. Carmen Omana se présente alors à la mairie, qui la loge dans un hôtel. Mais un mois plus tard, à bout, "elle est allée devant la porte de la succursale de Bankia et a entamé une grève de la faim", ajoute-t-il. Carmen confirme. "J'ai décidé d'entamer une grève de la faim le 5 novembre. Je ne voyais pas d'autre solution". D'autant que comme pour de nombreux autres petits propriétaires, son expulsion n'a pas éteint le crédit. A la rue, elle doit toujours 220.000 euros à la banque. Le maire décide alors de taper du poing sur la table, dénonçant le refus de Bankia de dialoguer alors que, selon lui, d'autres banques avaient accepté sa médiation et renoncé à des expulsions. "Le lundi 5 novembre, j'ai averti la presse que s'il n'y avait pas de solution, je retirais 1,5 million d'euros" placés chez Bankia. Un accord est trouvé avec l'antenne locale de la banque, mais rejeté par la direction à Madrid. "Le jeudi, j'ai donné l'ordre de retirer l'argent" et le vendredi, un accord a été trouvé pour que Carmen puisse retourner dans sa maison, assure-t-il. Carmen Omana a aussi bénéficié d'un loyer social et la mairie lui a offert une aide de 1.800 euros. Depuis, d'autres maires se sont élevés contre les expulsions, comme celui de Saragosse, Juan Alberto Belloch, qui a assuré mardi que la police locale ne participerait plus à ces opérations. Pour sa part, Bankia nie avoir cédé à une quelconque pression et rappelle que sa cliente avait rejeté plusieurs propositions. "Bankia n'a pas changé tout au long de la négociation et n'a pas été influencée par la pression des autorités ou des plateformes" militantes, affirme la banque dans un communiqué. Cette banque est particulièrement montrée du doigt par les associations qui l'accusent d'expulser à tour de bras malgré un sauvetage public de près de 24 milliards d'euros. Face aux attaques, son président, José Ignacio Goirigolzarri, est monté au créneau mardi, soulignant que Bankia a accepté, en 2011 et 2012, 4.300 annulations de dette après expulsion. Comme les associations et Carmen, José Manuel Bermudez exige que le gouvernement "modifie la loi pour permettre de généraliser l'annulation de dette après expulsion et un loyer social" pour ceux qui n'ont pas de revenu. En Espagne, les ordres d'expulsion, visant aussi bien des propriétaires que des commerces, ont encore augmenté de 20,6% en 2012 par rapport à une année 2011 déjà record, pour atteindre 350.000 depuis 2008. Environ la moitié ont été exécutés, selon la presse.
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