Patrick Pedersen, Directeur général Afrique de Heetch : "Nous ne sommes pas un service de taxi-motos."
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Patrick Pedersen, Directeur général Afrique de Heetch :

Patrick Pedersen, Directeur général Afrique de Heetch : "Nous ne sommes pas un service de taxi-motos."

Lacinan Ouattara / RTI Info | Lu 186841 fois | Publié

Alors que depuis près d'un mois, les autorités ivoiriennes sont en guerre contre le transport irrégulier des taxi-motos à Abidjan, la capitale économique, Heetch, start-up française spécialisée dans les voitures de transport avec chauffeur (VTC) ambitionnait de lancer un service de location de motos. Dans une ville comme Abidjan, où la question de la mobilité est devenue un réel problème, celle-ci veut apporter des solutions et amener le secteur à se formaliser. Le nouveau service de location de motos avec chauffeurs n'est pour l'instant pas autorisé. Patrick Pedersen, Directeur général Afrique nous a accordé un entretien.

Heetch est annoncé en Côte d’Ivoire pour développer ses activités. Pourquoi le choix d’Abidjan ?

Heetch est une entreprise présente dans plusieurs pays. Nous nous sommes d'abord lancés en France, mais nous sommes présents dans plusieurs pays européens et avons aussi l'intention de proposer notre application dans toutes les grandes villes africaines francophones. Notre objectif est d'utiliser la technologie pour accompagner l'évolution des solutions de mobilité d'une ville. A Abidjan, nous pensons pouvoir apporter de la valeur ajoutée, car la ville grossit très vite, les besoins de mobilité sont énormes ce qui créé deux phénomènes problématiques : la congestion et le développement d'offres informelles, comme les taxi-motos avec des problèmes de sécurité. Il faut donc trouver des solutions à ces deux problèmes.

Pensez-vous qu’une ville comme Abidjan, où la voiture est reine, les taxi-motos soient adaptés comme alternative ? A Cotonou ou Ouagadougou, on l’aurait compris avec la prépondérance des deux roues.

Dans toutes les villes du monde, il est important d'avoir une approche multi-modale car les besoins de mobilité sont tellement variés qu'une solution ne peut convenir à tout le monde. A Abidjan, la voiture est reine, mais cela créé énormément de problèmes de congestion. Le transport de masse représente donc une opportunité énorme (transport fluvial notamment), mais il est par exemple nécessaire de proposer des solutions pour le premier et dernier kilomètre, afin de compléter cette offre. La moto semble être un mode de transport plus doux, moins encombrant, moins polluant et qui pourrait aider à absorber la croissance démographique d'une ville comme Abidjan.

Comment le service va fonctionner de façon concrète ?

Heetch est une application mobile qui met en relation un chauffeur et un passager. Tous nos chauffeurs doivent passer une formation pour pouvoir conduire sur la plateforme. Nous vérifions leurs papiers (permis de conduire, assurance), l'état de leur véhicule, leur niveau de conduite et les équipons pour transporter des passagers en toute sécurité (casques, etc.). Heetch n'est pas un service de taxi-motos. Nos chauffeurs ont l'interdiction de prendre des passagers dans la rue sans réservation. Heetch est une solution de location de motos avec chauffeurs, comme un service de location de voitures avec chauffeur, ... mais à moto. Concrètement, il suffit de se connecter sur l'application, d'indiquer son trajet et le passager sera mis en relation avec un chauffeur de moto identifié et formé pour transporter quelqu'un en toute sécurité. 

 

Vous insistez pour dire que Heetch n’est pas un service de moto-taxi. Quelle est la différence avec ce que nous avons déjà ici ?

Un taxi est une personne qui a le droit de faire de la maraude, c'est à dire de stationner sur la voie publique pour récupérer des clients qui le hèlent directement dans la rue. En général, il faut avoir une autorisation pour devenir taxi pour des raisons de sécurité puisqu'autrement, il n'est pas possible d'identifier le chauffeur et celui-ci n'a peut-être pas toutes les qualifications requises pour conduire quelqu'un.  Les offres de taxis informelles peuvent donc être interdites pour ces mêmes raisons de sécurité. Nos chauffeurs ont l'interdiction formelle de prendre des gens dans la rue. Ils n'ont pas le droit de faire de la maraude et de stationner dans l'attente d'être hélé. Au contraire, ils ne peuvent prendre des passagers que s'ils ont été commandés depuis l'application mobile.  Sur certains pays, nos chauffeurs ont des voitures et on parle de location de voiture avec chauffeur, ou VTC en Europe. A Abidjan, nous souhaitons démarrer avec des motos, et on parle donc de location de moto avec chauffeur. Les différences sont donc assez fortes. Aujourd'hui, il y a à Abidjan des chauffeurs de taxi-motos illégaux. C'est une offre informelle. Ces chauffeurs peuvent prendre des clients dans la rue, mais puisqu'ils n'ont pas d'autorisation de l'Etat, ils ne sont pas identifiables et cela crée énormément de problèmes de sécurité. A l'inverse, nous souhaitons répondre aux problématiques engendrées par cette offre informelle en permettant à des clients de réserver une moto avec chauffeur depuis une application. En passant par celle-ci, on s'assure que le chauffeur est bien identifié, formé et possède tous les équipements de sécurité nécessaire au transport de personnes.

 

Comment se fera le recrutement des chauffeurs ?

Le recrutement et la sélection des chauffeurs est drastique. Aujourd'hui, seuls 25 chauffeurs sur 500 postulants ont été acceptés, justement pour répondre aux enjeux de sécurité.


Pourquoi vous ne lancez pas les véhicules, mais des motos dans une ville comme Abidjan, où cela reste un moyen de transport dangereux ?

A terme, notre ambition est de proposer plusieurs solutions de mobilité, dont des voitures (taxis, etc.). Néanmoins, il nous semble plus intéressant de commencer par une offre de location de motos avec chauffeur, car elle répond mieux aux problématiques de congestion et de sécurité actuelle. 

 

L’Etat ivoirien est en guerre contre les conducteurs de motos qui ne sont pas en règle. A cet effet, il est dit que c’est la venue de Heetch y est pour quelque chose. Qu’en dites-vous ?

L'Etat ivoirien est en guerre contre les taxi-motos pour des raisons de sécurité (accidents, agressions). Néanmoins, si ce type de solutions informelles se sont développées, c'est aussi parce qu'il y a des besoins de mobilité forts à Abidjan. Heetch apporte une solution à ces problèmes de sécurité en proposant un service, où seuls les chauffeurs identifiés et formés ont le droit de transporter des passagers. Il ne faut pas écouter les rumeurs, nous n'avons bien entendu aucun monopole. Nous avons présenté notre solution aux différentes parties prenantes, et si elles estiment que ce type de solutions peut améliorer la mobilité et la vie des Abidjanais (offre alternative sûre et moins de congestion au global), comme nous le pensons, nous ne doutons pas de pouvoir définir un cadre réglementaire cohérent et respectueux des différents acteurs existants.

Quand est-ce que vous commencez vos activités sur le terrain et combien les potentiels clients vont débourser pour avoir vos services ?

Nous souhaitons démarrer notre activité dès que nous aurons réussi à définir le cadre nécessaire avec les autorités. Notre but est d'améliorer la mobilité des citadins des grandes villes. A Abidjan, étant donné les problèmes de congestion de la ville et de sécurité liés aux offres de taxi-motos illégales, notre solution nous semble parfaitement adaptée pour répondre aux enjeux locaux, mais nous sommes bien entendu à la disposition des autorités pour en discuter.

Quelles sont vos perspectives de développement ?

En Côte d'Ivoire, nous souhaitons pouvoir développer une offre de location de moto avec chauffeur afin de répondre aux enjeux de mobilité et de sécurité sur Abidjan. Si cette phase se passe bien, nous aurons ensuite deux objectifs majeurs : développer cette offre sur les autres villes ivoiriennes ou africaines qui souhaitent bénéficier de ce type de solutions et continuer à réfléchir à de nouvelles solutions technologiques permettant d'améliorer la vie des Abidjanais, et notamment en développement une offre MAAS (mobility as a service - une application multi-modale qui intègre différentes solutions de mobilité).

Entretien réalisé par Lacinan Ouattara (lacinan.ouattara@rti.ci

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