France/Benalla : dans un Parlement électrisé, le Premier ministre conteste l'existence d'une "affaire d'Etat"
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France/Benalla : dans un Parlement électrisé, le Premier ministre conteste l'existence d'une

France/Benalla : dans un Parlement électrisé, le Premier ministre conteste l'existence d'une "affaire d'Etat"

AFP | Lu 1173 fois | Publié

Le Premier ministre français Edouard Philippe a relativisé mardi devant les députés l'affaire Benalla, qui n'est pour lui qu'une "dérive individuelle", tandis le président Emmanuel Macron restait mutique.

"Rien n'a été masqué, rien n'a été omis", a assuré dans une atmosphère très tendue le chef du gouvernement, soumis à un feu roulant de questions à l'Assemblée nationale - la chambre basse du parlement -, où le dépôt d'une motion de censure est en vue.

Edouard Philippe a ainsi brisé le silence de l'exécutif sur le scandale provoqué par la diffusion d'images filmées montrant Alexandre Benalla, un ancien collaborateur de M. Macron, en train de frapper deux manifestants le 1er mai.

Il s'agit d'une "dérive individuelle" et non  d'"une affaire d'Etat", a soutenu le Premier ministre sous les ovations des députés macronistes et les quolibets de l'opposition.

Admettant que des "questions" se posaient sur la "proportionnalité" de la sanction infligée début mai à M. Benalla, il a toutefois jugé que "la célérité" de la réponse n'était "pas contestable".

Alexandre Benalla avait simplement été suspendu pendant 15 jours de ses fonctions et il a fallu attendre les révélations sur ses agissements, la semaine dernière, pour qu'il soit licencié et inculpé. Trois enquêtes ont été ouvertes : judiciaire, parlementaire et administrative.

Peu après l'intervention du chef du gouvernement, la Commission d'enquête de l'Assemblée a interrogé un premier membre de l'Elysée, le directeur de cabinet d'Emmanuel Macron, Patrick Strzoda.

"J'ai considéré que je n'avais pas assez d'éléments pour justifier un recours à l'article 40", a-t-il argué, évoquant ainsi l'obligation qui est faite par la loi à tout fonctionnaire de saisir la justice s'il a connaissance d'un éventuel délit ou crime.

- Motion de censure -

Le secrétaire général de l'Elysée Alexis Kohler, le bras droit du chef de l'Etat, répondra pour sa part jeudi aux questions du Sénat, signe que l'affaire tutoie bien les sommets. 

La chambre haute du Parlement entendra auparavant le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb, qui, lundi matin devant l'Assemblée, s'était défaussé sur les services de la présidence française, seuls habilités, selon lui, à saisir la justice.

Par ailleurs, le président du groupe LR (opposition de droite) à la chambre basse, Christian Jacob, a annoncé le dépôt d'une motion de censure contre le gouvernement, probablement la semaine prochaine, afin qu'il "s'explique".

Elle a peu de chances d'être votée au vu de la très large majorité dont disposent à l'Assemblée nationale le parti présidentiel LREM et le Modem, son allié. Mais avec un groupe LR de 103 membres pour 58 signatures requises, son dépôt semble cependant acquis, avec un long débat en perspective pour Edouard Philippe.

La France insoumise (gauche radicale), qui cherche à déposer sa propre motion avec l'appui des communistes et des socialistes, n'a d'ailleurs pas exclu de voter le texte LR. "Vous avez dit que l'opposition ne cherchait pas la vérité mais la crise", a déjà déclaré Jean-Luc Mélenchon mardi : "La crise est là, la vérité se dérobe".

Les formations d'opposition ont déjà réussi à provoquer de sérieuses secousses à la chambre basse, avec le renvoi à la rentrée de l'examen d'une révision constitutionnelle chère à Emmanuel Macron. 

Dans un sondage Elabe diffusé mardi, huit Français sur dix se disent choqués par l'affaire Benalla et une très large majorité d'entre eux souhaite qu'Emmanuel Macron s'exprime sur le sujet.

Pour le quotidien de gauche Libération, la présidence est désormais "à découvert". "Les projecteurs se tournent vers l'Elysée", titre quant à lui le quotidien catholique La Croix. 

Cette crise politique est la plus grave depuis son élection en mai 2017 pour Emmanuel Macron, qui avait promis pendant sa campagne une "République exemplaire", loin des écarts du passé.

"La +génération Macron+ se retrouve soudain happée par une réalité éternelle de la vie politique : la tentation de l’abus de pouvoir", commentait vendredi le journal suisse Le Temps.

"La révélation du comportement douteux d'un rouage important du dispositif de sécurité élyséenne sidère le pays : rien ne changera donc jamais dans les allées du pouvoir", jugeait mardi le quotidien français de droite Le Figaro dans son éditorial.

"Nous avons fait campagne sur le fait que la politique devait être plus propre et je m'aperçois que c'est le pire du monde d'avant, donc forcément c'est un peu déstabilisant", a déploré un député de la majorité parlementaire, Paul Molac.

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