"Gérer Bizi" ou le boom de la prostitution 2.0 à l’ère de la Covid-19 en Côte d'Ivoire.
0
 

Écouter
Publicite

"Gérer Bizi" ou le boom de la prostitution 2.0 à l’ère de la Covid-19 en Côte d'Ivoire.

AIP | Lu 9826 fois | Publié

Les habitudes des professionnelles du sexe ont changé avec l’avènement de la maladie à Coronavirus (covid-19). Dans divers quartiers d’Abidjan, les filles de joie qui traquaient leurs clients dans certains coins de rue, les bars et night-clubs, investissent désormais, en masse, la toile pour offrir leur service. Reportage au coeur du boom de la prostitution 2.0.

Technique d’approche particulière

"Gérer Bizi", un jargon ivoirien qui veut dire “Business du sexe” (des rapports sexuels en contrepartie d’une somme d’argent) est une forme de prostitution qui a pris de l’ampleur en ligne lors de la période de confinement en prévention de la propagation du coronavirus.

Ces prostituées ont une technique d’approche particulière. Elle  font des publications osées sur la toile avec des noms d’emprunt sur Facebook comme « Blanche Bizi » où « Claire Bizi » illustrées avec photos et poses suggestives.

« La prostituée vous demande en amitié sur Facebook et lorsque vous acceptez, vous communiquez par WhatsApp et vous organisez un rendez-vous dans un hôtel ou à domicile si le client n’est pas marié », explique le manager d’un bar de striptease, Kouakou Florent.

« Gérer bizi » est le mot codé qu’elles utilisent pour proposer leurs services, se prostituer en échange de moyens financiers.

Cette façon de faire, selon un habitué des réseaux sociaux, Yapi Léo, consiste à laisser son numéro de téléphone sur les réseaux sociaux au travers de sites de rencontre et à manager les clients par téléphone pour fixer le lieu de rencontre.

A l’issue également des demandes d’amitié et communication par Messenger, ces filles de joie organisent un rendez-vous avec le client pour passer à l’acte dans un endroit indiqué.

Des cabinets de massage qui ont également fait leur apparition sur la toile, servent d’appât pour gérer bizi, explique un gérant de maquis qui a voulu garder l’anonymat. Ils sont plus concentrés dans les quartiers chics d’Abidjan, telle que la Riviéra.

Après avoir mordu à l’hameçon des annonces et des publicités de prestations sur internet, il y a bien de quoi bénéficier de massages plus approfondis en échange d’argent.

En dehors des réseaux sociaux et des salles de massages, les clients qui avaient conservé les numéros des prostituées qu’ils fréquentaient pouvaient les appeler pour s’enquérir de leur disponibilité après la fermeture bars et boites de nuit.

Fortement impactées par le covid 19

« Avec le Covid, c’est trop dur. Je dois quatre mois de loyer. Ma mère est malade. Je ne bouge pas vraiment. C’est dur et je n’arrive pas à atteindre les deux bouts. Tout est fermé partout et les maquis et bars ne sont pas ouverts », se plaint AP, une pratiquante du plus vieux métier au monde, qui exerce à la rue Princesse de Yopougon depuis 2016.

Agée de 34 ans et mère de deux enfants, une fille de deux ans et un garçon de 15 ans, elle témoigne qu’avant le Covid 19, elle gagnait entre 30.000 et 50.000 FCFA par jour. Mais les clients se font désormais rares, indique-t-elle, arguant que “certains clients ont perdu leur emploi”.

Prétextant de la crise sanitaire, di-t-elle, certains clients lui proposent parfois 2000 ou 5000 de FCFA la passe, là où elle n’acceptait pas, jadis, moins de 10.000 FCFA. Pour si peu, elle préfère rester à la maison, utiliser ou faire fructifier ses économies pour survivre.

S’étant reconvertie à un moment dans le commerce, précisément dans la vente de poisson braisé, AP a dû abandonner cette autre activité. Pour cause, les “misères” que lui faisaient vivre des agents municipaux dans l’application des mesures restrictives liées à la pandémie, notamment la fermeture des restaurants.

Quatre mois de loyer (160 000 FCFA en raison de 30.000 FCFA par mois) pour un studio qu’elle loue au quartier Sicogi de Yopougon, c’est le cauchemar que vit à présent cette trentenaire qui avant s’acquittait normalement de son loyer.

Après confinement

Après l’ouverture des bars, boîtes de nuit et salle de cinéma le 31 juillet  2020, l’AIP a visité certains endroits pour s’enquérir de la reprise des activités et recueillir des témoignages sur le vécu de ces béguineuses en période de confinement.

Dans la commune de Treichville, des jeunes filles et des femmes sont assises. Chacune sur une chaise devant un studio qu’elle loue pour recevoir les clients derrière le rideau bleu à l’entrée de la maison. Des clients dont plusieurs sont happés depuis le net, grâce aux smartphones qu’elles pianotent incessamment. En effet, cette nouvelle technique à valeur ajoutée, acquise à la faveur du covid 19, s’est désormais installée dans leur approche du métier.

Fortement impactées par le covid 19

« Avec le Covid, c’est trop dur. Je dois quatre mois de loyer. Ma mère est malade. Je ne bouge pas vraiment. C’est dur et je n’arrive pas à atteindre les deux bouts. Tout est fermé partout et les maquis et bars ne sont pas ouverts », se plaint AP, une pratiquante du plus vieux métier au monde, qui exerce à la rue Princesse de Yopougon depuis 2016.

Agée de 34 ans et mère de deux enfants, une fille de deux ans et un garçon de 15 ans, elle témoigne qu’avant le Covid 19, elle gagnait entre 30.000 et 50.000 FCFA par jour. Mais les clients se font désormais rares, indique-t-elle, arguant que “certains clients ont perdu leur emploi”.

Prétextant de la crise sanitaire, di-t-elle, certains clients lui proposent parfois 2000 ou 5000 de FCFA la passe, là où elle n’acceptait pas, jadis, moins de 10.000 FCFA. Pour si peu, elle préfère rester à la maison, utiliser ou faire fructifier ses économies pour survivre.

S’étant reconvertie à un moment dans le commerce, précisément dans la vente de poisson braisé, AP a dû abandonner cette autre activité. Pour cause, les “misères” que lui faisaient vivre des agents municipaux dans l’application des mesures restrictives liées à la pandémie, notamment la fermeture des restaurants.

Quatre mois de loyer (160 000 FCFA en raison de 30.000 FCFA par mois) pour un studio qu’elle loue au quartier Sicogi de Yopougon, c’est le cauchemar que vit à présent cette trentenaire qui avant s’acquittait normalement de son loyer.

Après confinement

Après l’ouverture des bars, boîtes de nuit et salle de cinéma le 31 juillet  2020, l’AIP a visité certains endroits pour s’enquérir de la reprise des activités et recueillir des témoignages sur le vécu de ces béguineuses en période de confinement.

Dans la commune de Treichville, des jeunes filles et des femmes sont assises. Chacune sur une chaise devant un studio qu’elle loue pour recevoir les clients derrière le rideau bleu à l’entrée de la maison. Des clients dont plusieurs sont happés depuis le net, grâce aux smartphones qu’elles pianotent incessamment. En effet, cette nouvelle technique à valeur ajoutée, acquise à la faveur du covid 19, s’est désormais installée dans leur approche du métier.

Célibataire, mère de deux enfants, KA se confie : « depuis coronavirus a commencé là, c’est dur. On a fait deux mois, dix jours à la maison. On ne sortait pas», s’alarmante-t-elle.

Avant que la pandémie ne survienne, elle pouvait empocher 20 000 à 30 000 FCFA par jour.  Mais le spectre du Covid-19 a fait chuter sa recette à 10.000 FCFA par jour. Alors qu’elle doit payer le loyer à 30.000 FCFA.

Cap sur la zone 4, dans la commune de Marcory, lieu où se pratique la prostitution à grande échelle. Dans cette agglomération où des filles de joie de différentes nationalités se retrouvent, plusieurs bars sont ouverts.

Des jeunes naïades regroupées se font désirer par des clients qui, entre deux verres de bières, se délectent en prélude à une éventuelle prestation.

M.L, adolescente de 17 ans, très belle, aux lèvres pulpeuses, à la forme généreuse moulée dans un T-shirt et une petite culotte qui épousent parfaitement ses rondeurs s’ouvre: « on ne gagne plus de client. Un jour tu as 10 000, un autre 20 000 à 30 000 FCFA. Je partais à l’école avant au pays mais avec les difficultés de ma famille et comme les parents n’ont pas d’argent, j’ai décidé de venir en Côte d’Ivoire pour gagner de l’argent », raconte-t-elle avec regret.

 

Avant le Covid, elle touchait 50.000  à 100.000 FCFA, contre 10.000 à 20.000 ou 30.000 FCFA tout au plus à ce jour, se lamente-t-elle.

Cette dernière loue un appartement tout équipé de 200.000 FCFA qu’elle partage avec une amie dans le quartier chic de Biétry.

Aux formes généreuses traversées de larges bandes de vergetures,  une jeune dame assise sur un pan de mur, dégustant un plat de Kabato à la sauce gombo,  nous interpelle. « Approchez, approchez, vous avez peur de moi ? », interroge-t-elle, avant de se livrer aux échanges.

« Avant, je sors à 19 heures et je peux avoir 50.000 à 100.000 FCFA par jour mais maintenant ont peut pas avoir ça. C’est dur aujourd’hui. Hier, j’ai eu 30.000. Aujourd’hui, je viens d’arriver et j’ai eu 10.000 FCFA. », raconte-t-elle sous la menace d’un loubard qui ne semble pas apprécier la rencontre.

Des montants qu’elle aurait du mal à atteindre sans l’apport stratégique du net, qui les expose mieux que le trottoir où elle sont obligé de porter des masques de protection. “Beaucoup refusent de les approcher quand on porte le cache-nez”, révèle ML, le regard figé sur son smartphone.

Cet article vous a plu ! Partagez-le maintenant

A lire également

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

En continu

33 nouveaux cas de Covid-19 et 21 guéris déclarés ce jour en Côte d'Ivoire

Burkina: le président Kaboré déclare avoir reçu les félicitations du chef de l'opposition

L’OMS appelle les pays africains à intensifier leur préparation à la vaccination contre la COVID-19

Une action de salubrité de la police à l’hôpital général de Tanda

Décès du commandant de l’armée guinéenne en poste à la frontière de Gbéléban

Publicite
Publicite