La Côte d’Ivoire a l’un des plus forts taux de mortalité maternelle et d’avortement clandestin au monde (OMS)
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La Côte d’Ivoire a l’un des plus forts taux de mortalité maternelle et d’avortement clandestin au monde (OMS)

La Côte d’Ivoire a l’un des plus forts taux de mortalité maternelle et d’avortement clandestin au monde (OMS)

Frederic Goré-Bi / RTIinfo | Lu 4314 fois | Publié

Le risque pour une femme de mourir du fait de la grossesse ou de l’accouchement en Côte d’Ivoire est l’un des plus élevés au monde. Le taux de mortalité maternelle étant de 645 décès pour 100.000 naissances vivantes. Pour réduire ce pourcentage, un groupe thématique dénommé AGnDR, constitué d’organisations issues de la Coalition de la Société Civile pour la Santé de la Reproduction et de la Planification Familiale (CSC4SR/PF) a vu le jour en février 2019 sous le leadership de PathFinder International. Ce groupement s’est donné pour mission de conduire des activités de plaidoyer en faveur de la promotion des Droits en Santé Sexuelle et Reproductive en Côte d’Ivoire avec un focus sur la prise en charge complète et sécurisée des grossesses non désirées et à risques, conformément à l’article 14-2, C du Protocole de Maputo.

En effet, selon l’enquête Performance Monitoring and Accountability 2020 (PMA 2020) réalisée en 2017, le pourcentage de prévalence contraceptive est estimé à environ 21 %, et les besoins non-satisfaits en planification Familiale sont évalués à 33%. Toujours selon cette même étude, on enregistre entre 210 000 et 288 000 avortements par an en Côte d’Ivoire, alors que le pays a l’une des lois les plus restrictives sur l’interruption volontaire de la grossesse dans le monde. Ainsi donc, 4 à 5% des femmes en âge de procréer ont eu un avortement potentiel dans les 12 mois précédant l’enquête.

Cette forte prévalence aux avortements s’inscrit donc dans un contexte marqué par la précarité socio-économique et l’usage aléatoire des moyens de contraception, selon une étude socio-anthropologique effectuée dans les Districts sanitaires de Soubré et de Méagui par l’équipe du Pr Francis Akindès (Chaire Unesco de Bouaké, Université Alassane Ouattara), avec la collaboration du Centre Population et Développement de Paris et financé par Amplify Change.

Le sentiment de culpabilité, lié à la peur de la réaction du père et les représentations sociales autour des grossesses rapprochées (pour les femmes vivant en couple) sont à la base du choix de l’avortement, peut-on lire dans cette étude. L’incapacité des jeunes filles d’assumer leur désir d’être parents en raison du déni de la grossesse par l’auteur et la volonté de maintenir le lien social avec sa famille, sont autant de raisons, qui peuvent expliquer le recours à l’avortement par les femmes en Côte d’Ivoire, selon toujours cette même étude.

Face à ces chiffres alarmants sur les pratiques de l’avortement clandestin en Côte d’Ivoire, la société civile n’est pas restée indifférente. Vingt-neuf organisations travaillant sur la thématique de la santé sexuelle et reproductive se sont regroupées en une coalition afin de mutualiser leurs efforts pour combattre l’avortement clandestin.

 L’AGnDR en ordre de bataille contre les avortements clandestins

Un avortement clandestin est définie comme étant toute interruption de grossesse effectuée en dehors du cadre légal défini par le pays de résidence de la femme. Selon les spécialistes, les problèmes liés à ces taux préoccupés sont basés sur les accouchements à domicile, les grossesses rapprochées ou tardives et surtout les avortements volontaires.

Les organisations de la société civile membres de l’AGnDR se sont engagées dans la lutte pour la promotion des services de santé sexuelle et reproductive (DSSR) et particulièrement, l’harmonisation des textes juridiques de la Côte d’Ivoire sur l’avortement suivant l’accord de Mapouto.

Ainsi donc dans le but de juguler voire éradiquer ces phénomènes qui mettent à mal la santé sexuelle et reproductive de la femme en Côte d’Ivoire, le groupe Action contre les Grossesses non Désirées et à Risques (AGnDR) s’est défini des objectifs à atteindre :

L’AGnDR envisage d’assurer un financement adéquat à la gratuité ciblée des produits contraceptifs, tout en rendant disponibles, les produits et autres intrants de la gratuité ciblée des produits contraceptifs dans les centres de santé publics et privés.

Le remboursement régulier des structures de santé appliquant la gratuité ciblée des produits contraceptifs et la mise en place des comités de suivi de la gratuité ciblée des produits contraceptifs font également partis du champ d’action de l’AGnDR.

Les vingt-neuf organisations membre de cette coalition veulent également accroitre l’accès des femmes vivant avec le VIH et les jeunes aux méthodes de planification familiale. Et renforcer l’ensemble de la chaine nationale d’approvisionnement en médicament pour accroitre la disponibilité des produits de la planification familiale.

Mais avant l’atteinte de tous ces points cités, le groupe Action contre les Grossesses non Désirées et à Risques (AGnDR) a déjà investi le terrain, notamment pour faire un plaidoyer auprès des décideurs et des différentes composantes de la société ivoirienne.

Les actions menées par l’AGnDR

L’élaboration des messages d’information, de sensibilisation et d’explication des conséquences de l’avortement clandestin et la ratification du protocole de Maputo par l’Etat, aux différentes couches socio-culturelles, politiques et économiques et des utilisateurs des réseaux sociaux, ont été les points saillants de la première phase du plaidoyer de l’AGnDR. Les autorités ivoiriennes se sont montrées très "réceptives" au plaidoyer de l’AGnDR dans la mesure où l’avortement n’était autorisé en Côte d’Ivoire que lorsque la vie de la mère était gravement menacée. Dorénavant et grâce au plaidoyer de cette coalition de la société civile, on note des avancées surtout au niveau de la grossesse issue des cas de viol qui est maintenant prise en compte.

En effet, une grossesse contractée à l’issue d’un viol, peut faire l’objet d’un avortement si la victime le désire. La loi en Côte d’Ivoire le lui permet.

En mars dernier, la deuxième phase des actions Action contre les Grossesses non Désirées et à Risques a eu lieu avec une E-campagne qui visait à améliorer la communication sur l’avortement dans le pays sur les réseaux sociaux.

Pendant trois mois, plusieurs blogueurs ont mené sur Facebook et Twitter, des réseaux sociaux en vogue auprès des internautes ivoiriens, une campagne pour lutter contre les avortements clandestins en Côte d’Ivoire à travers un projet dénomme ‘’RESOnance’’. Ce projet a bénéficié d’un appui financier et technique de Pathfinder International, une organisation mondiale à but non lucratif qui se concentre sur la santé génésique, la planification familiale, la prévention et les soins du VIH / sida et la santé maternelle.

Faut-il le rappeler, le Projet RESOnance est exécuté dans trois pays, à savoir le Burkina Faso, la République démocratique du Congo (RDC) et la Côte d’Ivoire.

La planification familiale comme la panacée contre les avortements illégaux

Et pourtant, la planification familiale permet aux populations d’atteindre le nombre souhaité d’enfants et de déterminer l’espacement des naissances. Tout en évitant les grossesses non-désirées et partant des avortements clandestins. Elle consiste à utiliser des méthodes contraceptives et à traiter l’infécondité. Selon les chiffres du Ministère de la santé et de l’hygiène publique sur les données de planification familiale de 2016, 1. 210 000 femmes utilisent actuellement des méthodes modernes de contraception. L’utilisation de ces méthodes contraceptives a permis d’éviter cent mille (100.000) avortements à risques et 1 500 décès maternels ainsi que 313 000 grossesses non désirées.

Les différentes méthodes contraceptives sont notamment les pilules de contraception orale, les implants, les contraceptifs injectables, les patchs contraceptifs, les anneaux vaginaux, les dispositifs intra-utérins, les préservatifs, la stérilisation ou féminine, les méthodes d’aménorrhée lactationnelle, les méthodes reposant sur le retrait (coït interrompu) et la connaissance des périodes de fertilité.

Cependant, le concept de planification familiale suscite le plus souvent des rumeurs et des idées négatives. Selon certaines personnes, l’utilisation des contraceptifs en vue d’une planification familiale engendre l’infertilité féminine, l’avortement, le cancer et le changement de poids. Des idées que contredisent les spécialistes de la santé sexuelle et reproductive.

L’avortement clandestin est devenu un vrai phénomène de société et un problème de santé publique qui suscite même un marché informel savamment entretenu par des mains obscures. Tabler sur son interdiction, serait donné un blanc-seing à tous ceux qui y voient un moyen de se faire de l’argent même sur la dépouille de celles qui s’y adonnent par peur des regards de la société. Il serait plutôt judicieux d’opter pour sa légalisation comme le préconise l’AGnDR dans son plaidoyer. Les autorités devraient y songer pour le bonheur de plusieurs milliers de femmes.

 

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