Uhuru Kenyatta, président 50 ans après son père malgré son inculpation par la CPI
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Uhuru Kenyatta, président 50 ans après son père malgré son inculpation par la CPI

Uhuru Kenyatta, président 50 ans après son père malgré son inculpation par la CPI

AFP | Lu 1138 fois | Publié

Uhuru Kenyatta, qui devait être investi mardi à la tête de l'Etat kényan, a réussi son pari de devenir président près de 50 ans après son père et malgré une inculpation pour crimes contre l'humanité que certains analystes jugeaient rédhibitoire.

La Cour suprême a entériné le 30 mars sa victoire au premier tour de la présidentielle du 4 mars, contestée par son principal adversaire Raila Odinga, vétéran de la politique kényane. Héritier politique de l'une des familles les plus puissantes du pays, M. Kenyatta devient, à 51 ans, le 4e président du Kenya et le plus jeune de son histoire, mais aussi le premier inculpé de la Cour pénale internationale (CPI) à accéder au poste de chef d'Etat. La justice internationale l'accuse d'avoir joué un rôle dans les terribles violences post-électorales de fin 2007 et son procès pour crimes contre l'humanité doit s'ouvrir le 9 juillet à La Haye. Prévu pour durer au moins deux ans, il devrait le contraindre à jongler entre ses obligations présidentielles et son devoir de comparaître, à laquelle il a promis de se plier. Uhuru ("liberté" en swahili) est le deuxième enfant et le premier fils du couple formé par Jomo Kenyatta, premier président du pays entre 1964 et 1978, et sa quatrième épouse "Mama" Ngina, future première Première Dame. Né le 26 octobre 1961, quelques mois après la libération de son père emprisonné pendant près de dix ans par le pouvoir colonial britannique, il est l'un des principaux chefs de file de la communauté kikuyu, la plus nombreuse et la plus influente économiquement. La famille Kenyatta, l'une des plus riches d'Afrique, est à la tête d'un empire financier comprenant notamment l'entreprise laitière Brookside, la banque CBA (Commercial Bank of Africa), le groupe de média Mediamax et un groupe hôtelier. Elle est surtout le principal propriétaire terrien individuel du Kenya, à la tête de plus de 200.000 hectares de terres achetées par Jomo Kenyatta au gouvernement britannique au moment de l'indépendance, via un programme public de transfert foncier à bas prix qui, selon ses détracteurs, a surtout profité à quelques privilégiés de la classe dirigeante kényane. Uhuru Kenyatta a remporté sa première victoire électorale en 2002, cinq ans après s'être lancé en politique en échouant à conquérir le siège de député dans l'ancienne circonscription de son père. Entretemps, l'autocrate Daniel arap Moi (au pouvoir de 1978 à 2002), successeur de Kenyatta père à la tête de l'Etat, a favorisé son ascension politique en le nommant en 1999 à la tête du Conseil du tourisme kényan, puis en octobre 2001 au Parlement et au gouvernement en tant que ministre des Communautés locales. "Uhuru n'est pas un homme politique de terrain comme l'est Raila" Odinga, explique Daniel Branch, professeur d'histoire africaine à l'Université britannique de Warwick. Arap Moi en fait officiellement son dauphin comme candidat de la Kanu (ex-parti unique) à la présidentielle de 2002, suscitant un fort mécontentement au sein du parti. Battu par Mwai Kibaki, Kenyatta devient le chef de l'opposition parlementaire avant de soutenir la réélection de son ex-adversaire à la présidentielle du 27 décembre 2007, face à Odinga. La contestation de la courte victoire annoncée de Kibaki dégénère en tueries politico-ethniques qu'il est soupçonné d'avoir alimentées en mobilisant le gang criminel des Mungiki contre des communautés rivales. Il devient vice-Premier ministre et ministre des Finances dans le gouvernement de coalition formé par Odinga après l'accord de partage du pouvoir passé avec Kibaki pour mettre fin aux violences. Son inculpation par la CPI le contraint à abandonner en janvier 2012 son portefeuille des Finances mais il conserve son poste de vice-Premier ministre et ses ambitions présidentielles. Image contrastée Regard alourdi par de profondes poches sous les yeux, M. Kenyatta, marié et père de trois enfants, jouit d'une image contrastée dans les chancelleries. "Les handicaps de Kenyatta sont au moins aussi importants que ses forces. Il boit trop et n'est pas un bourreau de travail", écrivait mi-2009 l'ambassadeur américain à Nairobi dans un télégramme publié par Wikileaks. Mais selon un expert économique occidental à Nairobi, "Uhuru a été un bon ministre des Finances, apprécié des institutions internationales". "Il est très charismatique, il sait comment s'y prendre" avec les partenaires internationaux. Son inculpation par la CPI a sérieusement entamé sa cote auprès de nombreuses ambassades, notamment celles de pays de l'UE dont la politique est de n'avoir que des "contacts indispensables" avec les personnalités inculpées par la CPI, mais qui vont sans doute désormais devoir s'adapter à ce cas politiquement inédit. A la cérémonie d'investiture du nouveau président, mardi, les seuls chefs d'Etat présents étaient africains, les pays occidentaux n'ayant envoyé que leurs ambassadeurs.
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