L'Afrique du Sud est déjà passée à l'après-Mandela
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L'Afrique du Sud est déjà passée à l'après-Mandela

L'Afrique du Sud est déjà passée à l'après-Mandela

AFP | Lu 857 fois | Publié

L'Afrique du Sud, qui voue un véritable culte à son premier président noir Nelson Mandela, a depuis longtemps fait le deuil de sa présence sur la scène publique, et envisagé la disparition de cette figure tutélaire, familière et protectrice, souvent appelée "Tata", un terme respectueux signifiant père.

A presque 95 ans, Mandela, hospitalisé à trois reprises depuis décembre pour des infections respiratoires, n'intervient plus dans la marche du pays depuis plusieurs années. Son décès "ne changera pas considérablement la face de l'Afrique du Sud car il est retiré de la vie publique depuis pas mal d'années" et "a une influence politique très limitée", expliquait voici déjà quelques mois à l'AFP Frans Cronje, directeur adjoint de l'Institut pour les relations entre les races (SAIRR). Toutefois, ajoutait-il, "peu importe quand ça arrivera, ce sera un choc et un immense deuil national en raison de l'influence qu'il a eue sur l'Afrique du Sud de ces soixante-dix dernières années et sur la vie de la plupart des Sud-Africains". Mandela s'est exprimé en public pour la dernière fois en avril 2009, lors d'un meeting électoral de son parti, le Congrès national africain (ANC, au pouvoir). A l'époque, il avait indirectement reconnu son principal échec, en lançant: "Nous devons nous rappeler que notre première tâche est d'éradiquer la pauvreté et d'assurer une meilleure vie à tous." Elu président en 1994, pour un mandat de cinq ans, il avait rapidement délégué la gestion des affaires courantes à son vice-président Thabo Mbeki, qui lui avait ensuite succédé (1999-2008) avant d'être lui-même remplacé par Kgalema Motlanthe puis Jacob Zuma en 2009. "Dans certaines franges minoritaires de la population, des inquiétudes persistent sur ce qui se passera si Mandela meurt. L'Afrique du Sud reste un pays avec des divisions", observe Olmo von Meijenfeldt, chercheur de l'institut pour la démocratie en Afrique (Idasa). Mais, ajoute-t-il, Mandela "n'est plus impliqué dans notre vie démocratique depuis dix ans et cela n'empêche pas l'Afrique du Sud d'être très stable depuis dix ans". Des rumeurs persistantes, relayées par les réseaux sociaux, tentent d'accréditer l'idée d'une révolte noire et de massacres de Blancs après la mort de Mandela mais, selon les analystes, de telles spéculations relèvent plus du fantasme que de la réalité. Selon M. von Meijenfeldt, Mandela incarne aussi la nostalgie des premières années d'après l'apartheid marquées par "une grande euphorie et une énergie positive sur ce que le pays était capable de réaliser en travaillant ensemble, peut-être aussi un peu de naïveté sur les défis à venir". En février 2012, le Times sud-africain, après une hospitalisation de Mandela pour des examens médicaux, écrivait encore: "Il demeure le père de notre nouvelle nation post-apartheid et sa présence --même s'il n'occupe plus l'espace public-- est réconfortante. Imaginer l'Afrique du Sud sans lui plonge beaucoup d'entre nous dans un chagrin impensable". Le ton, depuis un an, a bien changé. Au fil de ses hospitalisations successives, les esprits se sont très largement préparés à sa disparition, au point que certains de ses plus proches expriment aujourd'hui ouvertement le souhait qu'on ne s'acharne pas pour le maintenir en vie. Dimanche matin, l'un de ses amis de longue date s'exprimait ainsi dans la presse dominicale: "La famille doit le laisser maintenant de façon à ce que Dieu puisse faire à sa façon. Ils doivent le laisser, spirituellement, et s'en remettre à leur foi en Dieu (...) Nous dirons merci, Dieu, de nous avoir donné cet homme, et nous le laisserons partir".
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