L'opéra d'un compositeur juif proscrit par les nazis joué par un orchestre sud-africain
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 L'opéra d'un compositeur juif proscrit par les nazis joué par un orchestre sud-africain

L'opéra d'un compositeur juif proscrit par les nazis joué par un orchestre sud-africain

AFP | Lu 912 fois | Publié

Le "festival des musiques interdites" de Marseille (sud de la France) invite jeudi un orchestre sud-africain à créer pour la première fois en France l'opéra d'un compositeur juif proscrit par les nazis, dans un hommage à la "nation arc-en-ciel" voulue par Nelson Mandela.

Ce festival un peu particulier s'est donné pour vocation de réhabiliter des compositeurs voués à l'oubli par des régimes totalitaires. Pour son directeur artistique, Michel Pastore, il s'agit d'une "nécessité morale, civique et patrimoniale". Depuis 40 ans, ce passionné exhume des dizaines d'oeuvres musicales, dont la plupart ont été très populaires à leur époque avant d'être mises à l'index par les régimes nazis, stalinien et fascistes. Ainsi, pour créer "The Barrier vs le Mulâtre", de l'Allemand Jan Meyerowiz, qui sera donné gratuitement jeudi soir à Marseille et qui "n'a jamais été enregistré, on a travaillé uniquement à partir des partitions" retrouvées grâce à la collaboration des héritiers de la maison d'édition d'origine, explique-t-il à l'AFP. Le compositeur allemand Jan Meyerowiz avait découvert sur le tard qu'il était juif - sa famille, convertie, lui ayant caché ses origines. Après avoir fui le régime nazi, qui avait classé sa musique parmi les oeuvres "dégénérées" ("entartete musik"), il avait été interné au camp des Milles, près d'Aix-en-Provence. Mais il fut sauvé de la déportation par le journaliste américain Varian Fry qui lui permit de s'exiler aux Etats-Unis, où il créa en 1950 "The Barrier". L'histoire: le propriétaire d'une plantation en Géorgie, le colonel Nerwood, a trois enfants illégitimes avec sa gouvernante noire. A ses 18 ans, l'un d'eux, William, décide d'aller à l'encontre des lois de ségrégation raciale en vigueur dans les années 1950 aux Etats-Unis, en revendiquant cette filiation. Lors d'une dispute violente, le colonel meurt, étranglé accidentellement par William. Après avoir pris la fuite pour éviter le lynchage, le jeune homme finit par se suicider avec l'arme de son père. "C'est une grande qualité de la part de Meyerowiz, un juif exilé, de s'être intéressé aux problèmes vécus par les Noirs aux Etats-Unis à l'époque, dans une volonté d'aller au-delà des réflexes communautaristes de repli sur soi", explique M. Pastore, y voyant là une préfiguration du message du héros de la lutte contre l'apartheid en Afrique du Sud, Nelson Mandela. 25 nationalités dans l'orchestre du KwaZulu Natal Cette "nation arc-en-ciel", Michel Schneuwly, premier trompette de l'orchestre symphonique du KwaZulu Natal (est de l'Afrique du Sud), l'a vue naître. Suisse expatrié en Afrique du Sud en 1983, à l'époque de l'apartheid, "au départ pour y travailler une année", il tombe amoureux du pays et s'y installe définitivement avec sa femme. Les débuts de l'orchestre sont difficiles mais à la fin du régime de discriminations raciales, il se développe et devient l'un des rares à avoir "survécu" malgré les difficultés financières, selon lui. "Aujourd'hui, il est composé de 25 nationalités", explique le trompettiste à l'AFP. Si l'orchestre est encore à majorité blanc, il s'ouvre peu à peu "afin de représenter au mieux cette nation multiraciale", même s'il est encore difficile "de former de jeunes Noirs à la musique classique". D'où la mise en place d'un programme qui permet à de jeunes musiciens noirs d'être intégrés pendant quatre ans à l'orchestre, précise Michel Schneuwly. Le baryton Audrey Lodewik, qui jouera William jeudi, rêvait ainsi d'être avocat quand, poussé par un professeur qui lui trouvait "une belle voix", il découvrit la musique classique. "Depuis, c'est un défi quotidien", souligne à l'AFP ce jeune soliste, qui a du mal à trouver des rôles dans son pays. L'un de ses derniers ? Justement celui de Nelson Mandela, dans un opéra basé sur la vie de l'ancien président sud-africain, joué à Cardiff en juin dernier par l'orchestre du Cap. Emu, il sourit: "ce fut un grand honneur pour moi". "Et comme tous mes compatriotes, depuis son hospitalisation, je prie pour lui", dit-il de Mandela, 94 ans, dont l'état de santé est depuis plusieurs semaines qualifié de "critique".
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