Sierra Leone: soulagement chez les victimes après la condamnation de Taylor
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Sierra Leone: soulagement chez les victimes après la condamnation de Taylor

Sierra Leone: soulagement chez les victimes après la condamnation de Taylor

AFP | Lu 3124 fois | Publié

Des victimes de la guerre civile en Sierra Leone ont salué mercredi à Freetown, entre larmes et soulagement, la condamnation de l'ex-président libérien Charles Taylor à 50 ans de prison pour crimes contre l'humanité et crimes de guerre. Un profond silence a accueilli le verdict retransmis en direct depuis La Haye, dans la salle du Tribunal spécial de la capitale sierra-léonaise où s'étaient réunies plusieurs centaines de personnes devant des écrans géants. "Le rideau est maintenant tiré sur Charles Taylor. J'espère qu'il sera hanté par ses actes pendant qu'il croupira en prison", a déclaré, les larmes aux yeux, Alhadji Jusu Jarka, ancien président de l'association des amputés. "Enfin, justice a été faite et Taylor a payé le prix des souffrances et des douleurs qu'il nous a causées", a lancé M. Jarka, qui en 1999 avait eu les deux bras amputés par les rebelles du Front révolutionnaire uni (RUF) appuyés par Charles Taylor. "J'espère qu'il finira par exprimer du remords mais je pense qu'il aurait dû écoper d'une peine un peu plus lourde", a-t-il ajouté. Dans la salle, la plupart des personnes, très attentives, qui ont entendu le verdict - victimes, responsables politiques, représentants de la société civile - ont manifesté sobrement leur satisfaction, sans cris de joie, parfois avec un soupir. "C'est excellent!", a cependant jugé l'activiste Charles Mambu. "Cela montre que les temps changent pour ceux qui commettent des crimes de guerre, nous les défenseurs des droits de l'Homme nous sommes heureux de ce verdict". Le leader du Parti du Front révolutionnaire uni (RUFP), héritier du groupe rebelle, Eldred Collins, a affiché son désaccord: "nous pensons que M. Taylor a été jugé de façon inéquitable et qu'il ne mérite pas cette peine". Pour lui, c'est le chef du RUF Foday Sankoh, mort en détention en 2003, et "d'autres Sierra-Léonais qui ont fait la guerre". Dans l'intérieur du pays, on est "soulagé que la saga Taylor soit enfin derrière nous", a affirmé le chef traditionnel Cyril Gando, du district de Kailahun (est), frontalier du Liberia. "Les rebelles en 1999 et 2000 ont tué beaucoup de gens, notamment mes fils, qui ont été décapités parce qu'ils refusaient de rejoindre la rébellion", a-t-il dit, joint par téléphone depuis Freetown. "Nous saluons cette condamnation", a-t-il souligné, rappelant une célèbre phrase prononcée par Charles Taylor en 1989, quand une force ouest-africaine avait pris le pays pour base pour intervenir au Liberia. "Souvenez-vous que Taylor a un jour déclaré que la Sierra Leone connaîtrait le goût amer de la guerre. Maintenant laissez-le connaître le goût amer de la liberté perdue", a dit ce chef local. A Freetown, où les habitants luttent chaque jour pour survivre, le verdict historique de La Haye n'a pas eu d'incidence sur l'activité: boutiques, marchés ou banques étaient ouverts comme à l'ordinaire. "Qu'est-ce que j'en ai à faire de Taylor?", a réagi une commerçante, Ina Smith, dans l'un des plus grands marchés de la capitale. "Le prix des aliments de base continue de grimper et et c'est ça qui me préoccupe. Taylor a eu ce qu'il mérite mais ça ne me concerne pas".
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