L'un des plus célèbres écrivains africains, Chinua Achebe, s'éteint à 82 ans
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 L'un des plus célèbres écrivains africains, Chinua Achebe, s'éteint à 82 ans

L'un des plus célèbres écrivains africains, Chinua Achebe, s'éteint à 82 ans

AFP | Lu 1014 fois | Publié

L'un des plus grands écrivains africains, le Nigérian Chinua Achebe, auteur du roman culte "Le monde s'effondre", une critique du colonialisme qui s'est vendue à 10 millions d'exemplaires, est décédé à l'âge de 82 ans, a annoncé sa famille vendredi.

"L'une des plus grandes voix de la littérature de son temps, il fut aussi un mari, père, oncle et grand-père aimé, dont la sagesse et le courage ont inspiré tout ceux qui l'ont connu", a déclaré sa famille dans un communiqué. "Il est mort d'une brève maladie". "Je crains que cette triste nouvelle soit maintenant confirmée", avait déclaré auparavant Mari Yamazaki, la porte-parole des éditions Penguin à Londres, dans un courriel transmis à l'AFP. Selon les médias nigérians, l'écrivain est mort aux Etats-Unis dans un hôpital de Boston. Il se déplaçait en chaise roulante depuis un accident de la route en 1990. Selon un communiqué de la Fondation Mandela en Afrique du Sud, Chinua Achebe est décédé jeudi. "En sa compagnie, les murs de la prison tombaient", a commenté à son sujet Nelson Mandela, rappelle la Fondation. Le président sud-africain Jacob Zuma a salué un "colosse de la littérature africaine". "Le monde a perdu l'un de ses meilleurs écrivains et l'Afrique a perdu un diamant littéraire", a déclaré Mike Udah, porte-parole de l'Etat d'Anambra, où Achebe est né. Chinua Achebe avait publié en 1958 son premier roman, "Le monde s'effondre" ("Things fall apart"), une oeuvre devenue culte et imprégnée de la culture Igbo, son groupe ethnique, qui dénonçait la colonisation britannique au Nigeria. L'écrivain a souvent critiqué les dirigeants de son pays et dénoncé le comportement de la classe politique, sa corruption, comme dans son pamphlet intitulé en anglais "The trouble with Nigeria" ("Le problème avec le Nigeria"), publié en 1984. "Ses interventions sincères, honnêtes et courageuses dans les affaires nationales manqueront grandement", a déclaré le président nigérian Goodluck Jonathan. L'auteur, professeur à la Brown University de Rhode Island (Etats-Unis), est très respecté au Nigeria pour son oeuvre littéraire mais aussi pour ses prises de position. Il y a deux ans, il avait refusé pour la deuxième fois d'être décoré par les autorités du Nigeria, estimant que son pays se portait trop mal. C'était la seconde fois qu'il refusait d'être fait "Commandant de la République Fédérale", l'une des plus hautes distinctions au Nigeria. Il critiquait la mauvaise gouvernance au Nigeria, et soutenait fortement sa région natale du Biafra, qui a déclaré son indépendance en 1967, un prélude à une féroce guerre civile qui entraina la mort d'un million de personnes et ne se termina qu'en 1970. Ce conflit fut le sujet de la publication longtemps attendue de ses mémoires, finalement publiées sous le titre, "There Was A Country: A Personal History of Biafra." L'anti-Hemingway L'écrivaine sud-africaine et Prix Nobel de littérature, Nadine Gordimer a qualifié Achebe de "père de la littérature moderne africaine" en 2007, quand elle était membre du jury du "Man Booker International prize for fiction" décerné à l'auteur nigérian. Mais, même s'il fut largement reconnu dans le monde entier, Achebe n'a jamais été lauréat du Prix Nobel de littérature, contrairement à son compatriote Wole Soyinka, premier Africain à être récompensé par ce prix en 1986. Dans un entretien à The Paris Review, Achebe expliquait comment au fur et à mesure qu'il lisait, il avait découvert à quel point les livres présentaient les Africains comme des sauvages. "Des auteurs comme l'Américain Ernest Hemingway ont représenté la population noire africaine comme des sauvages et sont ainsi à l'origine d'un immonde blasphème, disait Achebe. C'est pourquoi j'ai décidé de tenter d'écrire des livres où les personnages étaient des Africains comme je les connais". Il citait souvent ce proverbe: "D'ici à ce que les lions aient leurs propres historiens, l'histoire de la chasse glorifiera toujours le chasseur". Après des études à l'Université d'Ibadan (sud-ouest du Nigeria), Achebe a travaillé à la NBC (Nigerian Broadcasting Corporation), avant de publier en 1958 son premier roman "Things Fall Apart", premier ouvrage à présenter le point de vue des Africains et non plus celui des colons blancs. Selon son éditeur, il vendra plus de 10 millions d'exemplaires dans 50 différentes langues. Quatre autres romans suivront. Il écrira souvent sur sa frustration face à la corruption qui ravage le pays du continent le plus peuplé mais qui, malgré la manne pétrolière, laisse la plupart de ses 160 millions d'habitants vivre avec moins de deux dollars par jour. La première phrase de l'un de ses essais publié en 1983, "The Trouble With Nigeria", est encore souvent citée dans son pays: "Le problème avec le Nigeria est simple, c'est carrément un défaut de gouvernance".
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