Cacao: La prime spéciale des mutinationales pour les paysans, une mesure positive mais insuffisante
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Cacao: La prime spéciale des mutinationales pour les paysans, une mesure positive mais insuffisante

Cacao: La prime spéciale des mutinationales pour les paysans, une mesure positive mais insuffisante

AFP | Lu 1283 fois | Publié

La prime spéciale pour le cacao que les multinationales du chocolat ont accepté la semaine dernière de verser est un pas dans la bonne direction pour améliorer la vie des planteurs, mais qui reste insuffisant pour les sortir de la pauvreté.

"C'est historique ! Les deux pays ensemble (Côte d'Ivoire et Ghana) ont réussi à convaincre les privés d'augmenter le prix d'achat pour que les producteurs touchent plus", a réagi auprès de l'AFP Michel Arrion, le directeur exécutif de l'Organisation internationale du cacao (ICCO).

A la suite d'une intense pression exercée des mois sur les multinationales par les deux principaux pays producteurs de cacao, la Côte d'Ivoire (40% du marché) et le Ghana (20%), une partie des grands négociants mondiaux en cacao et des grands groupes chocolatiers ont accepté de payer un supplément de 400 dollars par tonne, en sus du prix du marché.

Barry Callebaut et Nestlé, deux des leaders mondiaux du secteur cacao-chocolat, ont confirmé à l'AFP accepter de payer ce différentiel de revenu décent (DRD), le nom donné à ce mécanisme de soutien aux planteurs, à la suite d'annonces faites lors d'une réunion de la Fondation mondiale du cacao (forum qui réunit les multinationales) à Berlin la semaine dernière.

"Barry Callebaut est d'accord pour mettre en place le principe de différentiel de revenu décent", a déclaré le groupe.

Nestlé "a déjà commencé à acheter du cacao de la récolte 2020/21 avec le DRD", qui va "aider à améliorer le revenu des paysans", a indiqué le numéro un mondial de l'agroalimentaire.

Car les planteurs de cacao des pays tropicaux sont les parents pauvres du secteur: ils ne touchent que 6% des 100 milliards de dollars par an que représentent le marché mondial du cacao et du chocolat.

En Côte d'Ivoire, des experts du secteur jugent toutefois que le prix du cacao reste insuffisant, même avec le DRD, alors que plus de la moitié du million de planteurs ivoiriens vivent sous le seuil de la pauvreté (avec moins de 757 francs CFA - 1,20 dollar par jour), selon la Banque Mondiale.

 

- "Ca ne changera rien" -

 

"C'est un plus pour les producteurs, mais même si cette augmentation leur est répercutée intégralement, cela ne va pas les sortir de la pauvreté", estime un expert sous couvert d'anonymat.

Le DRD devrait permettre de payer le kilo de cacao 1.000 francs CFA (1,52 euro) aux planteurs ivoiriens, au lieu de 825 FCFA (1,25 euro), explique Roméo Dou, ingénieur agronome et directeur de la société Microfertile, qui aide les coopératives cacaoyères à améliorer leurs cultures et à transformer le cacao brut en produits semi-finis (beurre de cacao, poudre ou masse) pour augmenter la valeur ajoutée.

Car l'Etat ivoirien (via les taxes) et les intermédiaires sur le terrain (collecteurs, coopératives, exportateurs) vont aussi percevoir ses parts sur le DRD. Ce sera 60% du DRD pour les planteurs, et 40% pour les autres, selon M. Dou.

"Même 1.000 FCFA, ça ne changera rien dans la vie des planteurs", déplore-t-il.

"Cette histoire de DRD, on est inquiets... Par quel mécanisme l'Etat ivoirien fera-t-il en sorte que les planteurs rentrent effectivement en possession de cet argent?" s'interroge pour sa part Moussa Kone, le président du Syndicat national agricole pour le progrès en Côte d'Ivoire.

"On ne nous a rien expliqué. Cet argent ne va-t-il pas +rester sur la route+ (se perdre)?", s'inquiète M. Kone, arguant que déjà, les primes liés à la certification cacao éthique n'arrivent pas dans les poches des producteurs.

"Pour que les planteurs puissent s'en sortir, il faudrait un prix de 3.000 FCFA par kilo", plaide-t-il.

Pour faire émerger les planteurs de la pauvreté, il faut diviser leur nombre par cinq, voire par dix, estiment Roméo Dou et l'expert, analysant la situation de la Côte d'Ivoire.

"Il faut produire mieux, de façon plus intensive, sur des surfaces moindres, avec des planteurs bien formés. Cela nécessite une volonté politique courageuse pour réformer le secteur", conclut M. Dou.

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