A Dubaï, les opérateurs européens défendent l'idée de faire payer les géants du Web
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A Dubaï, les opérateurs européens défendent l'idée de faire payer les géants du Web

A Dubaï, les opérateurs européens défendent l'idée de faire payer les géants du Web

Lesechos.fr | Lu 871 fois | Publié

C\'est la mobilisation générale à Dubaï. A partir d\'aujourd\'hui et pendant onze jours, les 193 pays membres de l\'Union internationale des télécoms (UIT) renégocient pour la première fois depuis 1988 le traité qui régit les télécommunications dans le monde.

Il y a vingt-quatre ans, il n'y avait ni mobile ni Internet. Mais l'idée même de réunir cette conférence a mis du temps à être acceptée par les Etats-Unis. Ces derniers craignent que l'on réforme et régule l'Internet à la façon du vieux monde de la téléphonie. Ce serait accepter l'emprise des Etats sur la sphère virtuelle, qui s'était jusqu'ici développée en symbiose avec la culture américaine, libre-échangiste et démocratique. Autrement dit, un Internet non régulé est la clef de voûte du « soft power » américain. Deux blocs s'affrontent C'est pourquoi les Etats-Unis ont convoqué le ban et l'arrière-ban à Dubaï : leur délégation, forte de 123 personnes, compte des membres de l'exécutif, des associations, des opérateurs télécoms, mais aussi Microsoft, Google, Facebook, Cisco, Paypal, Verisign, Intel… Côté européen, la position des Etats est globalement proche de celle des Etats-Unis sur les grands principes, ceux d'un Internet à l'abri d'une intervention étatique intempestive. Le bloc occidental s'oppose en cela aux pays émergents, notamment du Golfe et d'Afrique qui poussent eux un modèle télécoms « à l'ancienne » : ils voudraient pouvoir contrôler les réseaux plus facilement, identifier d'où vient le trafic entrant dans le pays, donner un caractère contraignant à certaines résolutions de l'UIT… Des pays comme la Russie ou la Chine verraient d'un bon oeil la mise à l'écart de l'Icann, organisme indépendant piloté en fait par les Américains, qui gère les noms de domaines sur le Net. D'autres, surtout des pays pauvres, voient dans cette réforme du traité l'occasion de rendre licites leurs pratiques de surtaxation du trafic télécoms international. Sur ces points qui touchent aux libertés fondamentales et à l'économie capitaliste, les pays occidentaux sont sur la même longueur d'onde. En revanche, c'est la zizanie lorsque l'on parle de faire payer pour passer sur le réseau des opérateurs télécoms les gros générateurs de trafic tel YouTube. L'association des opérateurs historiques européens, l'Etno, a fait des propositions en ce sens. France Télécom, Telefonica ou Deutsche Telekom souhaitent instaurer le paiement, par les acteurs du Net, de montants pour que leurs services soient accessibles via leurs réseaux avec une certaine qualité de service. Pour eux, il faut définir un cadre précis pour instaurer des relations économiques entre les deux parties. Or, aujourd'hui, 99,5 % des accords se font par une poignée de main entre l'opérateur et le site Internet et les paiements sont extrêmement faibles. Pour les acteurs du Net, et même pour les opérateurs américains, tout fonctionne très bien ainsi. Pas question de revenir là-dessus, officiellement parce que l'innovation pourrait s'en ressentir. Ainsi, Google a lancé une pétition pour défendre un Internet « libre et ouvert ». Vint Cerf, un des pères d'Internet, qui travaille aujourd'hui chez Google, ne mâche pas ses mots quand il parle des opérateurs historiques. « Ces tentatives montrent juste que ces dinosaures, avec leur cerveau de la taille d'un petit pois, n'ont toujours pas compris qu'ils étaient morts. L'information n'est pas parvenue jusqu'à leur tête étant donnée la longueur de leur cou », a-t-il déclaré à Reuters. De façon assez inattendue, les géants du Net ont reçu le soutien du Parlement européen. Celui-ci a voté la semaine dernière en faveur d'une résolution estimant que cette réforme pourrait « menacer gravement le caractère ouvert et compétitif de l'Internet en faisant grimper les prix, en entravant l'innovation et en limitant les accès ». La bataille est lancée.
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