Bangladesh: 28 morts lors de manifestations islamistes contre le blasphème
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 Bangladesh: 28 morts lors de manifestations islamistes contre le blasphème

Bangladesh: 28 morts lors de manifestations islamistes contre le blasphème

AFP | Lu 562 fois | Publié

Des affrontements au Bangladesh entre la police et des dizaines de milliers d'islamistes réclamant une loi antiblasphème ont fait au moins 28 morts depuis dimanche, ont annoncé lundi les autorités, illustrant la profonde division entre le gouvernement laïc et les religieux radicaux.

Un précédent bilan faisait état de 22 morts. Au cours de heurts parmi les plus violents recensés à Dacca depuis l'indépendance de ce pays défavorisé d'Asie du sud, des centaines de personnes ont en outre été blessées lorsque la police antiémeutes a dispersé lundi à l'aube un rassemblement d'islamistes dans un district majeur de Dacca. Des centaines de banquiers et de courtiers ont dû dormir dans leurs bureaux situés dans ce district commercial, Motijheel, tandis que des coups de feu ont retenti une bonne partie de la nuit. Des témoins ont indiqué que des magasins avaient été incendiés, des arbres arrachés. Des milliers de pierres gisaient sur la chaussée. La police a indiqué à l'AFP que la situation était désormais maîtrisée dans le centre de Dacca mais que de nouveaux faits de violence avaient éclaté dans d'autres parties de la ville. La principale organisation islamiste à l'origine des manifestations, le Hefajat-e-Islam, a affirmé que le bilan des victimes était beaucoup plus élevé, sans toutefois fournir de chiffres: "La police a tiré à balles réelles sans discernement sur nos manifestants non armés. Des milliers de personnes sont aussi blessées", a indiqué un porte-parole, Maolana Muin Uddin Ruhi. Mais selon un porte-parole de la police de Dacca, Masudur Rahman, la police a fait usage de grenades et gaz lacrymogène, de canons à eau et tiré des balles en caoutchouc pour disperser au moins 70.000 islamistes qui occupaient lundi matin Motijheel pour faire pression sur le gouvernement. Les corps de 11 victimes, dont un policier tué à coups de machette à la tête, ont été transférés au Medical College Hospital de Dacca, a indiqué à l'AFP Mozammel Haq, un policier installé dans cet hôpital. Des responsables de trois cliniques privées à Dacca ont par ailleurs dit avoir reçu les corps de 11 autres victimes. Selon des sources hospitalières, des centaines de personnes ont aussi été blessées. Au moins six personnes ont aussi été tuées à Kanchpur, dans le sud-est de Dacca, selon un responsable de la police, Rezaul Karim. Craignant de nouvelles violences, la police de Dacca a interdit jusqu'à minuit lundi toute manifestation, marche et tout rassemblement ainsi que le port d'armes à feu. Aux cris de "Allah Akbar" (Dieu est grand) et "les athées doivent être pendus", des militants du Hefajat-e-Islam ont défilé dimanche sur au moins six grandes artères de la capitale bangladaise, bloquant la circulation entre Dacca et d'autres villes. Selon la police, au moins 200.000 personnes ont manifesté dans le centre de Dacca. Les heurts ont éclaté lorsque la police a tenté d'empêcher la progression de manifestants armés de bâtons, en provenance de villages, devant la plus grand mosquée du pays, les violences se propageant ensuite au reste de la capitale. "Nous devons protéger l'Islam" "Ce gouvernement n'a pas de foi en Allah. C'est un gouvernement athée, nous ne l'autoriserons pas à vivre au Bangladesh. Les musulmans sont des frères, nous devons protéger l'Islam", scandait un manifestant. Ces violences sont survenues alors que le pays se relève difficilement de sa plus grande tragédie industrielle, qui a fait 654 morts dans l'effondrement d'un immeuble abritant des ateliers de confection. Les partisans du groupe radical Hefajat-e-Islam, récemment créé, réclament la peine de mort pour tous ceux qui "calomnient" l'islam. Ils réclament aussi la fin de la mixité entre hommes et femmes notamment dans certains lieux publics. Le Premier ministre, Mme Sheikh Hasina, à la tête depuis 2009 d'un gouvernement laïque dans ce pays à majorité musulmane, a rejeté la demande des islamistes, faisant valoir que les lois actuelles permettaient déjà de poursuivre toute personne insultant l'Islam. Le mois dernier, le Hefajat avait organisé une grève générale et un rassemblement de centaines de milliers de personnes, considéré comme le plus important depuis des décennies, pour protester contre les blogueurs athées qui encourent néanmoins dix ans d'emprisonnement en cas de blasphème. Les islamistes accusent par ailleurs le gouvernement de vouloir écraser toute contestation en jugeant des personnalités --appartenant majoritairement à l'opposition-- soupçonnées d'avoir commis divers crimes lors de la guerre de 1971, tels des meurtres, viols et conversions forcées d'hindous à l'islam.
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