Il urge de démarrer le marquage des armes des civils dans la perspective de 2020 (Kouadio Yao, Président de la COMNAT-ALPC).
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Il urge de démarrer le marquage des armes des civils dans la perspective de 2020 (Kouadio Yao, Président de la COMNAT-ALPC).

Il urge de démarrer le marquage des armes des civils dans la perspective de 2020 (Kouadio Yao, Président de la COMNAT-ALPC).

Frederic Goré-Bi/RTIinfo | Lu 1519 fois | Publié Il y a 9 jour(s)

A quatorze mois de la présidentielle de 2020, le président de la Commission nationale de lutte contre la prolifération et la circulation des armes légères et de petits calibres (COMNAT-ALPC), s’est exprimé dans un entretien accordé à l’Agence ivoirienne de presse. Kouadio Yao parle de l’enjeu sécuritaire que représente la circulation des armes à l’orée de cette échéance électorale qui cristallise déjà les passions de part et d’autre, mais également tire la sonnette d’alarme et appelle à agir de toute urgence contre ce fléau qui pourrait menacer la paix et la stabilité.

Interrogé si le bilan de la tournée de sensibilisation et de collecte d’armes qui a eu lieu en 2018 et au cours de laquelle, 1268 armes ont été récupérées, avait connu une évolution, Kouadio Yao répond : ‘’Oui, le bilan a forcément évolué. Puisque nous avons effectué d’autres campagnes de collectes. Je m’abstiens volontairement de vous communiquer des chiffres. Il faut simplement retenir que ce bilan a évolué’’.

Revenant sur la prise en compte des fabricants artisanaux notamment dans la cartographie du phénomène de la circulation et de possession illégale d’armes, Kouadio Yao a déclaré, ‘’nous avons fait faire une étude sur la fabrication d’armes artisanales. Dans certaines régions, que je ne citerai pas, des armes artisanales sont fabriquées. Et il y est même fait du recyclage d’armes modernes dont des armes de guerre. Mais la solution, c’est la règlementation. C’est un problème crucial. Et nous avons, pour l’instant, comme mode d’action, la communication et la sensibilisation’’.

Faut-il croire que la réglementation de la fabrication des armes artisanales est-elle du ressort de la COMNAT ? Répondant à cette question de notre confrère de l'AIP, le président de la Commission nationale de lutte contre la prolifération et la circulation des armes légères et de petits calibres, s’est voulu sans équivoque. ‘’Ce n’est pas la position de la COMNAT. Mais bien celle de la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) à travers la convention de 2006. Elle impose aux Etats membres de réglementer la production artisanale des armes. Cette position repose sur le fait que si vous décidez d’interdire la fabrication artisanale, donnez-vous-en les moyens de contrôle. Autrement, vous ne serez jamais efficace. La réglementation est donc le moyen le plus approprié pour contrôler effectivement cette fabrication artisanale’’.

Mais face à l’utilisation des armes artisanales comme ce fut le cas lors des affrontements interethniques à Béoumi et dans les nombreux conflits intercommunautaires que connait la Côte d’Ivoire ces derniers temps, la COMNAT ne peut-elle pas reconsidérer sa position par rapport à cette problématique ?    Abordant cette problématique, Kouadio Yao s’est voulu rassurant et compréhensif. "Nous en sommes conscients et c’est une réalité. Mais ce qu’il faut savoir, c’est que nous ne sommes pas une armée. Au regard de la convention de la CEDEAO, des textes internationaux, nous sommes là pour faire comprendre, sensibiliser. Évidemment, quand nous finissons ce travail, nous rendons compte à l’Etat. Avec des suggestions et/ou recommandations là où cela s’impose’’, a-t-il déclaré. Aussi, a-t-il ajouté ‘’dans l’immédiat, nous avons suggéré le marquage des armes détenues par les civils. A cette fin, nous avons initié une communication en Conseil des ministres, afin que le gouvernement se saisisse de cette question’’.

Par rapport au processus de marquage des armes et son évaluation et à la méthode utilisée pendant les dix dernières années, le responsable du COMNAT, a soutenu que ‘"le processus reste le même. Seulement qu’il y a quelques années, c’était plutôt la méfiance entre la ComNat-ALPC et les FDS (Forces de défense et de sécurité). Aujourd’hui, nos rapports ont évolué en termes de collaboration plus aisée sur ces questions. Par ailleurs, depuis la crise postélectorale, le marquage s’imposait à nous à travers les résolutions de l’ONU. Plus de 95% des armes des différentes forces de sécurités ont été marquées. Nous avons mis en place une gestion informatisée de ces armes. Ce qui permet à chaque unité de commandement de mieux gérer les armes à sa disposition. Et nos partenaires internationaux nous appuient dans cette dynamique. Mais je dois admettre qu’il reste encore beaucoup à faire".

Appelé à se prononcer sur la détention des armes par les civils et le permis de port d’armes qui va avec, Kouadio Yao n’a pas manqué d’indiquer que son institution s’apprête à aborder la question. "Oui en effet, c’est ce chantier que nous voulons ouvrir. Donc, marquer toutes les armes qui circulent en Côte d’Ivoire. C’est-à-dire identifier l’arme par rapport à l’individu qui la détient. C’est ce chantier que nous voulons ouvrir maintenant. Sans perdre de vue la fabrication artisanale des armes. Il faut la contrôler et l’inscrire dans un processus légal’’, a-t-il affirmé. Avant d’aborder la problématique posée par le port d’armes par les civils sans autorisation. 

"C’est cela toute la problématique. Nous ne faisons pas d’opérations contraignantes. Nous n’allons pas pour désarmer. Mais pour collecter. La collecte suppose que celui qui est en face de vous soit en harmonie avec vous. Par rapport aux arguments que vous développez pour lui dire qu’il n’a pas le droit de posséder une arme sans permis’’, a révélé monsieur Kouadio. Continuant sur sa lancée, il précise qu'il s'agit plutôt d'un dialogue que sa structure mène avec des détenteurs civils d’armes. ''Tant que ces personnes déposent ces armes, elles ne subissent pas la rigueur de la loi. Et si ce n’est pas le cas, alors une opération de désarmement pourrait être menée’’, a-t-il insisté.

Au cours de cet entretien, le président de la Commission nationale de lutte contre la prolifération et la circulation des armes légères et de petits calibres (COMNAT-ALPC) est également revenu sur la sécurité transfrontalière et les perspectives de son institution. "Nous nous sommes retrouvés récemment à Grand-Bassam avec pour essayer de voir comment nous gérons en commun les différentes frontières. Pour faire face aux menaces telles que le terrorisme’’, a-t-il indiqué concernant le volet sécuritaire aux différentes frontières que la Côte d’Ivoire partage avec ses voisins.

Pour les perspectives, Kouadio Yao a précisé "qu’Il urge de démarrer le marquage des armes des civils, pour lequel une communication en Conseil des ministres a été initiée. Ce marquage aura le mérite de désarmer les esprits. Nous sommes dans la perspective de 2020".

Frederic Gore-Bi

(fredericgorebi@rti.ci)

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