Drame à Koumassi/Le professeur confesse: "c'est en essayant de la faire descendre au balcon du 3e étage qu'elle est tombée"
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Drame à Koumassi/Le professeur confesse:

Drame à Koumassi/Le professeur confesse: "c'est en essayant de la faire descendre au balcon du 3e étage qu'elle est tombée"

RTI Info/Boris Odilon BLE | Lu 6223 fois | Publié

Un drame s’est produit dans la nuit du mardi 1er au mercredi 2 mai 2018 à Koumassi au quartier Remblais à Abidjan. Effo Marcelle, élève en classe de Terminale A2 au Lycée municipal de Marcory, est décédée suite à une chute du 4e étage d’un immeuble. Retour sur les faits d'un drame qui choque encore les habitants du quartier, mais surtout les parents de cette jeune fille.

Les faits

Nous nous sommes rendus chez les parents de la défunte à Treichville, une commune d'Abidjan. Sur place, nous avons eu accès à son téléphone portable. Les échanges de sms nous donnent un brin d’explications.

Il est 20h31 lorsque K.O, professeur d’éducation physique et sportive au Lycée municipal de Marcory, demande à son élève Effo Marcelle de le rejoindre à son domicile. Après maintes hésitations, la jeune fille qui vit chez ses parents à Treichville cité RAN, décide de se rendre finalement à Koumassi chez son professeur. Elle prend le soin d’avertir l’une de ses sœurs et quitte la maison emportant avec elle quelques effets, car prévoyant d’y passer la nuit, selon les premiers témoignages.

A 21h27, elle est à Koumassi Remblais, au domicile de K.O. Elle a accès au domicile et s’installe. A 22h21, elle envoie des messages à K.O : "Je viens plus chez toi moi seul" et "j’ai peur". Qu’est ce qui peut bien effrayer la jeune fille ? La réponse du professeur quelques minutes après nous donne une piste : "Mdrrrr pkoiii saaa. Non n’aie pas peur kan la personne sera fatigué ell va repartir. Jaim pa les foutaiz". Entendez "Rires, pourquoi ça ? Non n’aies pas peur, quand la personne sera fatiguée, elle va repartir. Je n’aime pas les foutaises". Il poursuit en demandant à la jeune fille de se coucher. Qui tapait à la porte au point d’apeurer la demoiselle ? C'est une question, dont la réponse pourrait aider à comprendre certainement le décès de la jeune fille des suites d’une chute du 4e étage de l’immeuble où vit K.O.

Toujours selon les témoignages, K.O, principal suspect, indique aux gendarmes qu’il a voulu faire sortir Marcelle de sa chambre en ôtant les vitres de la fenêtre. C’est en essayant de la faire descendre au balcon du 3e étage que la jeune fille va se retrouver à la vitesse de l’éclair au rez-de-chaussée. Le jeune professeur va s’engouffrer dans un taxi avec la jeune fille, grièvement blessée et saignant abondamment à la suite de la chute. Il se rend à l’hôpital général de Koumassi, puis au CHU de Treichville, où le médecin va constater le décès de Marcelle à 01h05 selon la famille.

La famille de K.O chez les parents de Marcelle 

A l’entrée de la cour, une vingtaine de personnes échangent. Elles forment deux lignes qui se font face et conversent. La famille du professeur (baoulé du centre de la Côte d'Ivoire) est venue à la rencontre de la famille Effo (Agni, de l'est de la Côte d'Ivoire). Les deux groupes ethniques sont issus du grand groupe Akan et liés par une alliance. Il est 12H30.

La famille de K.O après avoir présenté les condoléances, dit clairement aux parents de Marcelle que leur fils "porte l'entière responsabilité du drame" comme indiqué à la gendarmerie. Au nom de la tradition et des alliances entre les deux peuples, une "solution à l'amiable" doit être trouvée. Les tractations débutent. Nous nous retirons dans l'arrière-cour pour échanger avec Effo Evariste, grand frère de Marcelle.

Au cours de nos échanges, il nous dit que c’est par appel téléphonique qu’ils ont été informés du décès de la jeune fille dans la nuit du mardi 1er au mercredi 2 mai. Ils se rendent aussitôt à la morgue du CHU de Treichville, où se trouve le corps. Sur les lieux, les parents vont croiser K.O. Le jeune professeur, dans une tenue imbibée de sang et sous le choc se présente à la famille en ces termes : "C’est moi qui ai tué votre fille, faites de moi ce que vous voulez. Tuez-moi, envoyez-moi en prison". Sans faire de résistance, il se rend avec les parents à la Gendarmerie du quartier Arras. Mais K.O n’est pas seul, il est accompagné d’une jeune dame, présentée comme sa "copine". Les deux sont placés en garde à vue.

Dans la journée du mercredi 2 mai 2018, K.O et sa "copine" sont transférés à la Brigade de Gendarmerie de Koumassi Akromiabla. Les parents de Marcelle s’y rendent. Les auditions débutent. Tout le monde est entendu.

Situation au Lycée municipal de Marcory

Au Lycée municipal de Marcory, la situation est plutôt calme. Les élèves font cours normalement ce mardi 8 mai 2018. Nous sommes reçus par M. Bolly Koua, proviseur dudit établissement. C’est un homme visiblement affecté par la situation. "Je ne sais pas ce qui s’est passé, il y a tellement de versions de cette histoire, mais c’est dommage ce qui est arrivé. Si on considère que c’est lui qui lui a demandé de descendre à partir du 4e étage (comme indiqué dans la déposition), il a été mal inspiré. Même descendre avec une corde est réservé à des personnes préparées à cet exercice » dit-il, dépité.

Nous sommes conduits dans la salle de classe de Marcelle. Ses camarades racontent comment ils ont appris le drame. "On a appris la nouvelle pendant les épreuves physiques du BAC. Nous étions au Lycée municipal de Koumassi", indique Amuzu Viviane, voisine de classe de Marcelle qui n’en revient toujours pas. "J’ai appris la nouvelle comme tous les autres, sans explication. Nous nous sommes rendus chez les parents, où la nouvelle a été confirmée. Je n’étais pas informée d’une quelconque relation amoureuse entre elle et K.O", poursuit la jeune fille. Depuis le décès de l’élève, ses camarades sont bouleversées : "Ce n’est que lundi (hier) qu’on a pu faire cours normalement, le choc était tel qu’on passait tout notre temps à pleurer jeudi et vendredi dernier", témoignent ses camarades de classe.

Mme Coulibaly Fanta de la direction régionale Abidjan 2 s’est rendue au Lycée le lundi 7 mai 2018. Après le salut aux couleurs, elle a présenté les condoléances de l’administration aux élèves et leur a demandé de faire cours dans le calme.

Qui est K.O?

Admis à l’Institut national de la jeunesse et des sports (INJS) en 2008, K.O est sorti, après 4 années d’études, major de la promotion 2008 – 2012. Il est décrit par ses amis de promotion comme un homme attentif, sans histoire, consciencieux. Il était cité en exemple pendant son passage à l’INJS. C’est au lycée municipal de Marcory qu’il va occuper son premier poste. Logé à Koumassi, "son domicile est toujours ouvert aux autres car l’homme est accueillant" indique M. Gogbeu, professeur d’EPS et président de la promo 2008 – 2012 de l’INJS.

Lors de la visite de ses condisciples à la gendarmerie pendant la garde à vue, le professeur ne pouvait retenir ses larmes. « Il nous a étreints de toutes ses forces, comme pour nous prouver qu’il ne voulait pas retourner en cellule. C’est triste » ajoute M. Gogbeu.

L’enquête poursuit son cours normal

K.O a été déféré lundi et se retrouve à la Maison d’arrêt et de correction d'Abidjan (MACA) en attendant son jugement. . Sa "copine", elle, a été relâchée. Le dossier est sur la table du juge d’instruction qui décidera s’il doit y avoir autopsie ou non.

Les familles de la défunte et du présumé coupable ont "célébré" dans l'après-midi du mardi, un "mariage coutumier entre K.O et Marcelle". Mais des interrogations demeurent. Pourquoi le professeur n’a pas joint les secours après la chute? Quelles sont les raisons qui ont poussé le jeune professeur à demander à Marcelle de "s’échapper"? La famille demande que la lumière soit faite sur l'affaire.

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