Apprentis Gbakas, des rossignols transporteurs
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Apprentis Gbakas, des rossignols transporteurs

Apprentis Gbakas, des rossignols transporteurs

Didier N'Doli|d.ndoli@rti.ci | Lu 2073 fois | Publié

‘’Adjamé, adjamé!, Mosquée, Renault, Carrefour Texaco, Au nord, La vie, Carrefour Bangui, Pk 18, Macaci, Escalier’’... sont bien des itinéraires que récitent nuit et jour comme des oiseaux les apprentis-gbaka. Intrusion dans l’univers de ces ‘’apprentis-chanteurs’’

4 H 30. Le muezzin appelle du haut du minaret de la mosquée les fidèles musulmans à la prière. Sur la route, Moussa, vêtu d’un T-shirt bleu et d’un jean qui le flotte à peine, appelle lui aussi ses clients. ‘’Adjamé, Adjamé..’’. Il crie, tapote sur le gbaka –véhicule de transport en commun – pour appâter le client en bordure de route. Mais garde aussi l’œil vigilant pour repérer un client dans un couloir, une ruelle. Apprentis-Gbakas, balanceurs, chef ou mon petit comme il plait à les appeler par les clients, ces hommes d'un jeune âge pour la plupart, s'occupent de convoyer les clients d'un lieu à l'autre en servant de caissier au chauffeur et de panneau vocal pour le véhicule. Tôt le matin, ils se rendent sur ‘’leur lieu de travail’’ pour escorter les autres à leur lieux de travail. Mais le fait qu’ils soient déjà sur pied tôt le matin ne les empêche pas de porter de la voix. « Pour réveiller un peu les clients aussi », renchérit Moussa. Sous des accélérations vives du chauffeur, l'apprenti ne cesse tant bien que mal de fermer et rouvrir sa porte mal soudée, et d'essuyer des sièges mouillés par la pluie à cause des vitres protégées par du bois ou des morceaux de sachets colmatés ci et là. Et de crier à gorge déployée la destination pour remplir son véhicule de transport. Apprentis Gbakas, transporteurs et mauvais passagers Ils ont pris le chemin de la route et du transport laissant derrière eux amis et kakis pour espérer un jour être soit transporteurs ou chauffeurs propriétaires. Ils réussissent tant bien que mal à joindre les deux bouts et même à fonder des familles et garder stables des foyers. Pour ce métier qui accepte aussi des invalides tels que les sourds muets, la tache bien qu'ardue est saine et pourvoyeuse d'argent et d'épanouissement. Bien que courageux, et débrouillards, ils ne font pas l'assentiment de tous. C’est le constat d'un des clients approchés du nom d'issiaka Cissé. Selon Issiaka, ''ils sont impolis, crasseux, et font toujours des palabres''. Dame Konan est aussi du même avis martelant que sur l'axe Yopougon-Liberté, ces minis cars vous promettent par la voix ou les signes de l'apprenti qu'ils vous mèneront a destination mais rien n'y fit. ''Ils ont du courage c'est vrai mais eux aussi ils devraient songer a bien se vêtir parce que la sueur et l'odeur faisant, ils ne nous aident pas quand ils font la monnaie pour encaisser''. Face à ces avis, Soumahoro Diakité dit Soum, apprenti-Gbakas de profession nous rassure qu'il n'en est rien. ''Vieux père, les clients là eux mêmes sont mal impolis; pour Gbra à leur arrêt là ils vont crier jusqu'à... et puis nous on leur dit de faire monnaie avant de monter, djahh ils veulent palabre. Les vieilles femmes là et les personnes âgées là ils vont nous dja. ils parlent dès. Nous c'est même pas de notre faute et puis habit la tu vas porter quoi et puis sueur va pas gâter. Nous on les prend chaque matin pour aller les gbra a leur arrêt et puis nous mêmes on a plus d'arrêt que Bus.'' dit-il avec simplicité en ajoutant que ''y a pas de sous métiers donc qu'ils nous aident (en parlant des clients) à faire notre travail''. les itinéraires sont multiples et les risques sont grands De la gare d'Anyama, en passant par Abobo, adjamé, pour Yopougon ou Bingerville, les itinéraires sont multiples pour nos frappeurs ( apprentis). Plusieurs parcours du combattant à suivre et à relever chaque jour. Des quatre coins de la ville d'Abidjan, ils appellent la clientèle pour des arrêts souvent connus ou des fois improvisés face a un barrage de policiers ou à un embouteillage. Souvent ces jeunes gens trouvent des détours spectaculaires pour sortir d'un embouteillage et pour permettre à leur véhicule de faire un ''aller retour speed'' comme il leur plait à le dire. En se balançant avec la portière du véhicule Gbaka, ces apprentis chauffeurs risquent à plusieurs reprises leur vies. Abou, maintenant aguerrit en a fait les frais jusqu'à perdre quelques dents lors d'un choc avec son compagnon de tous les jours, la route. ''A force de balancer, j'ai voulu faire comme bôro et un faux chauffeur est rentré dans ma porte donc j'ai sauté'', s'exclame t-il lorsque nous lui demandons les raisons de son accident. Ces accidents fréquents des apprentis soulève la question de savoir si le véhicule Gbaka est assuré, qu'en est-il des passagers et plus urgent de l'apprenti qui est le poids de surcharge donc le surplus qui ne devrait même pas être dans le véhicule? De quel recours disposent-ils au cours d'un accident? La nuit tombe sur les quartiers de la ville d'Abidjan. Soum et ses amis font leur dernier passage de ramassage de la clientèle pour les conduire à domicile. Les visages tout crasseux de l'effort de la journée, ils font les comptes avec les chauffeurs. Les frappeurs comme on les appelle, cessent après ce point là d'appeler la clientèle. Ils rentrent chez eux tous heureux dans la mort de nuit et c'est sur que le lendemain , ils sont les premiers à nous réveiller et à entonner de leur voix, le rythme de nos destinations favorites '' Ecole de police, Bingerville, la 2, Keneya, bel air...
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