Armée ivoirienne : grandir sous le casque bleu (Opinion)
0
 

Écouter
Armée ivoirienne : grandir sous le casque bleu (Opinion)

Armée ivoirienne : grandir sous le casque bleu (Opinion)

Dr Arthur Banga, Expert en questions militaires | Lu 734 fois | Publié Il y a 4 jour(s)

Le 2 mai dernier, lors de la session du Conseil National de Sécurité, le président Alassane Ouattara se réjouissait « des avancées notables » pour le déploiement du Bataillon Pilote Projetable (BPP) au Mali dans le cadre de la MINUSMA. En effet, à quelques encablures de la forêt du Banco, l’épais brouillard et le chant matinal des oiseaux se mêlent aux exercices des militaires ivoiriens qui, dans ce camp – situé à Anokoua Kouté – hérité de l’ONUCI, s’activent dans la perspective de leur projection sur le théâtre malien. C’est l’occasion de s’interroger sur les mobiles et enjeux de l’intensification de la participation ivoirienne aux missions de Peace-keeping. Interrogation d’autant plus pertinente qu’Houphouët-Boigny, par crainte de putsch, refusait toute participation de son armée – à l’exception du personnel de santé – à des opérations extérieures. Même si son successeur, Henri Konan Bédié, met fin à cette tradition en autorisant en 1997 le déploiement d’un contingent ivoirien dans le cadre de la MINURCA en République centrafricaine, le coup d’Etat de 1999 enclenché par les soldats engagés en Centrafrique semble donner raison au Vieux.

Cela dit, plusieurs raisons peuvent justifier la volonté ivoirienne de contribuer plus activement aux casques bleus. D’abord, les encouragements des partenaires extérieurs et de l’Union Africaine. En effet, les poids lourds de la Communauté Internationale souhaitent une africanisation des Operations de Maintien de la Paix (OMP) ou tout au moins de celles qui se déroulent sur le continent. Cela leur permet non seulement de moins exposer leurs soldats, d’éviter le regard inquisiteur d’une partie de leur opinion publique mais surtout les accusations de néo-colonialisme. Quant à l’Union Africaine, elle expérimente son « architecture africaine de sécurité » conçue pour une africanisation totale de la sécurité du continent. Dans cette optique-là, elle ne peut que se réjouir de la volonté ivoirienne d’intensifier sa participation aux OMP. Ceci d’autant plus que, le Burkina Faso, le Niger, le Tchad, le Nigeria voire la Mauritanie, contributeurs habituels, doivent faire face à des problèmes sécuritaires qui mobilisent leurs armées sur le théâtre national au détriment des opérations extérieures.

En outre, les responsables ivoiriens tirent un véritable prestige de la participation aux OMP. Pour un pays qui veut tourner la page de la guerre et redorer son blason sur l’échiquier international, montrer un véritable « Côte d’Ivoire is back », quoi de mieux que participer à des Opérations de Maintien de la Paix ? La Côte d’Ivoire passe ainsi d’assisté – avec l’ONUCI qui est restée une décennie dans le pays – à assistant. De plus, ce statut de « fournisseur de sécurité » contribue à justifier son leadership, sa présence au Conseil de Sécurité de l’ONU et son influence grandissante au sein des organisations internationales, continentales et sous régionales.

Cela dit, c’est la Défense ivoirienne qui en profite le plus. En effet, par les procédés requis, la formation exigée – tant opérationnelle que déontologique -, l’équipement imposé et les missions, contribuer aux OMP favorise la professionnalisation de l’armée. En guise d’exemples, on pourrait citer la venue d’experts onusiens pour former des formateurs militaires et civils ivoiriens aux exigences des OMP. De même, la fondation Konrad Adenauer accompagne l’armée ivoirienne dans son pré-déploiement sans oublier les nombreux stages tactiques et entrainements sous la houlette des Forces françaises ou d’instructeurs onusiens. Durant la mission, les Ivoiriens acquerront un savoir-faire, une expérience du feu qui, naturellement, accroitra la puissance opérationnelle de l’armée nationale. Au-delà, les procédés utilisés pour faire face aux groupes terroristes seront d’une importance capitale quand on sait que le pays est dans l’œil du cyclone terroriste. Le moral de la troupe n’est pas en reste. Le prestige d’être casque bleu, les décorations liées à ce statut – les insignes étant fondamentales chez les militaires – et, par-dessus tout, les soldes élevées des missions onusiennes sont stimulants.

En somme, la participation aux OMP ne peut que permettre à l’Armée ivoirienne de grandir mais elle n’est pas sans défis. En effet, l’avenir même des OMP est en question. Les fortes pressions de l’administration Trump font planer une menace d’assèchement des budgets. La persistance, voire l’aggravation – principalement au Mali – des conflits en dépit de la présence onusienne pose avec acuité la question de l’efficacité et de la réforme des Opérations de Maintien de la Paix tout en réduisant le prestige des casques bleus. Au Mali aujourd’hui ou en Côte d’Ivoire par le passé, ils ont été au cœur des contestations d’une frange de la population dont ils sont supposés garantir la paix et la sécurité. Mais le plus gros danger vient du lourd tribut que payent les casques bleus. Si pendant longtemps, les OMP pouvaient prendre l’allure d’une sinécure, le bilan au Mali montre le contraire. Les groupes terroristes les prennent pour cible et bien souvent avec du matériel sophistiqué. En outre, la participation ivoirienne expose davantage le pays à la furia des groupes terroristes. Ce fut d’ailleurs l’une des causes évoquées dans la revendication des attentats de Bassam. Dans ces conditions-là, les militaires ivoiriens doivent être compétents s’ils veulent bénéficier et faire profiter à leur pays les avantages des OMP.

Cet article vous a plu ! Partagez-le maintenant

A lire également

 
 
 
 
 

En continu

35 nouveaux bénévoles rejoignent les rangs des secouristes du département de Dabou

Aboisso : Le Collectif de planteurs de palmier à huile menace d’entrer en grève

La police de Kouto appelle les populations à la collaboration avec les forces de l’ordre face aux menaces d’attaques djihadistes

Urgent | Des pluies modérées ou fortes avec des orages toucheront le District d'Abidjan au cours de la matinée

Deux notables séquestrés à la Cour royale du Walèbo à Sakassou