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Mondial 2014: "On a gagné, mais on a peut-être perdu la Coupe du monde"

Eurosport | Lu 1308 fois | Publié

Le Brésil a vécu une soirée en forme de montagnes russes émotionnelles vendredi. La joie de la qualification pour les demi-finales a vite laissé place à la consternation suite à l'annonce du forfait de Neymar pour la suite et la fin du Mondial. Reportage dans les rues de Rio, entre fiesta et angoisse.

Comme après chaque victoire du Brésil, Rio était en fête vendredi soir. Et plus les tours passent, plus les matches comptent, plus l'ambiance monte. Sauf que, cette fois, un (gros) grain de sable est venu gripper la mécanique festive si bien huilée de la cité carioca. Malgré la victoire contre la Colombie, synonyme de qualification pour les demi-finales (la première depuis 2002, quand même), l'atmosphère a été quelque peu plombée par l'annonce du forfait de Neymar pour la suite et la fin de la compétition. Il était environ 21 heures quand l'info s'est propagée, les écrans télés des bars et restaurants de la ville montrant en boucle les images de Neymar arrivant à l'hôpital Sao Carlos de Fortaleza, puis l'annonce fatale du médecin de la Seleçao, Rodrigo Lasmar, visage fermé.

"Ils l'ont cassé. Ce n'est pas juste."

Bien sûr, tout le monde avait vu Neymar sortir sur une civière en seconde période. Mais quatre à six semaines d'absence… Personne n'envisageait un scenario aussi catastrophique. Comme au téléphone arabe, la nouvelle se transmet au fil de la rue. "Neymar, c'est fini? Non pas Neymar, ce n'est pas possible", entend-on. A Lapa, quartier nocturne ultra-animé, la fête ne s'est pas arrêtée en même temps que le Mondial de Neymar. Ici, il en faudrait beaucoup plus. N'empêche, en dehors de ceux qui avaient déjà trop fêté la victoire pour se rendre compte de quoi que ce soit, la vertèbre casée du numéro 10 est vite devenue le sujet de conversation, entre incrédulité et consternation.

Et même ceux qui tentent de manier l'humour reviennent vite à la réalité. "On va gagner cette Coupe du monde ! Neymar n'est pas le seul joueur au monde. On a Fred, aussi !", lance Alexandre, avant de reprendre, mine plus sombre : "Ils l'ont cassé. Ce n'est pas juste." Dans les bars et les restaurants de Lapa, deux débats se nourrissent alors l'un l'autre : le Brésil peut-il être sacré Neymar, et comment doit-il jouer sans lui ? "Il est le pilier de notre jeu, souligne Lucas et sans lui, ce sera vraiment très difficile. Surtout que l'Allemagne, au niveau des individualités, a probablement la meilleure équipe. Les autres aussi reposent sur des joueurs importants mais nous, offensivement, nous sommes trop dépendants de Neymar."

"J'ai du mal à être heureux ce soir"

Renan acquiesce pour ce qui est de la dépendance, mais il a son idée sur une solution de repli, qui ne pourra être que collective de toute façon. "Je pense que nous devons jouer avec trois milieux défensifs avec le retour de Luis Gustavo, plus Oscar et deux attaquants au lieu de trois, juge-t-il. Pas le choix, de toute façon, on ne remplacera pas Neymar devant." Il plaide aussi pour l'entrée de Willian à la place de Hulk et, sur ce coup-là, il n'est visiblement pas seul. Malgré la difficulté de la mission qui s'annonce, il veut y croire, même si le fatalisme n'est pas loin : "Oui, Neymar est très important, mais nous avons le football dans nos veines. Faisons de notre mieux et si l'équipe donne tout, qu'elle perde ou qu'elle gagne…"

Loin du tumulte de Lapa, à minuit, dans un bar de Botafogo, Oscar, serveur, hoche la tête entre deux prises de commande. Il n'a des places que pour un seul match dans cette Coupe du monde : la finale. Le seul match, potentiellement, que le Brésil peut jouer au Maracana. Depuis la mauvaise nouvelle Neymar, il doute sérieusement d'y voir la Seleçao. "J'ai du mal à être heureux ce soir parce que, même si nous avons gagné un match crucial, nous avons peut-être perdu la Coupe du monde", dit-il. Il s'interrompt pour jeter un œil au journal de la nuit qui passe sur l'écran. L'image de Neymar sortant de l'hôpital, allongé, perfusion au bras, lui décroche un rictus douloureux. Signe qui ne trompe pas, le JT s'ouvre sur la blessure de Neymar puis, seulement après, sur la victoire. Le Brésil avait le sens des priorités vendredi soir.

Pire que si l'Argentine perdait Messi

Alors, non, décidément, rien à faire, Oscar est inquiet. Euphémisme. A la question, "comment remplacer Neymar?", il s'agace. "Mais on ne peut pas le remplacer ! Il y a Neymar et les autres. Enfin, il y avait Neymar et les autres." Un Neymar qui, vendredi  matin, était considéré selon un sondage publié par le quotidien Folha comme le meilleur joueur de la Seleçao dans ce Mondial par 56% des Brésiliens. En deuxième place, avec... 10%, arrivait Julio Cesar, le gardien. C'est dire.

"Je vais vous dire, reprend Oscar, c'est pire que si l'Argentine perdait Messi. Parce que, même si Messi est Messi, derrière, les Argentins ont un niveau de talent important pour le remplacer. Nous, la différence de talent entre Neymar et les autres est beaucoup, beaucoup plus importante. Il faut y croire, oui, mais il faut être réaliste aussi. Ce n'est pas le Cameroun qui arrive, c'est l'Allemagne." Dans l'affaire, tout le monde semble avoir oublié que Thiago Silva, suspendu, serait lui aussi absent en demi-finales. "Dante peut le remplacer, pas de souci, tranche Oscar. Mais Neymar…"

A Lapa la nocturne, la fête se poursuivra quand même jusqu'au bout de la nuit en ce début de week-end. Une fête d'autant plus intense que, dans un coin des têtes, l'idée germe que c'est peut-être la dernière. Alors, oui, Rio est allée se coucher avec le cœur en fête, mais aussi, mais surtout, avec une vertèbre en compote et des interrogations à la pelle. Le grand bonheur ne tient plus désormais qu'en deux petits matches. Paradoxalement, il n'a jamais été si loin.

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